Fascinante, accueillante, secrète, Kairouan est un des joyaux du patrimoine tunisien. L'ancienne capitale des émirs aghlabides, nichée loin du littoral dans une austère région de steppes, est riche de souvenirs historiques et de monuments remarquables. C'est aussi une ville moyenne au charme jntact, où authenticité rime avec hospitalité.
A travers la Médina
La vieille ville de Kairouan a fasciné bien des artistes. Elle tire une beauté toute particulière et mystérieuse de son tissu serré de ruelles, de passages, de voûtes et de coupoles cannelées d'une suave blancheur, qui se répondent de loin en loin sous la bienveillante protection de la Grande Mosquée et de son majestueux minaret.
Les souks, rues dédiées au commerce, répartis par activité, bruissent d'une animation constante. Tout près, dans les ruelles silencieuses, entre les longs murs blancs entrecoupés de portes bleu pâle, se pressent des silhouettes féminines enveloppées de voiles immaculés, croisant parfois des bandes d'enfants aux cris joyeux.
Tout autour de ces quartiers historiques, les remparts de brique blonde, crénelés et ponctués de tours et de bastions, achèvent de donner à la vieille ville un aspect vénérable et hors du temps.
La Grande Mosquée
Une des plus anciennes mosquées du monde, et un monument comptant parmi les plus impressionnants du Maghreb, la Grande Mosquée est le symbole de Kairouan tant pour son prestige religieux que pour son importance historique et sa remarquable architecture.
Dès l'abord, on est saisi par la silhouette puissante de son minaret, semblable à un phare antique éclairant l'océan de steppes qui entoure la cité. Tout aussi imposantes sont les dimensions de la cour,
majestueuse et entourée d'arcades superbement dessinées, et les hautes portes de bois richement sculpté qui ouvrent sur la salle de prière.
A l'intérieur de celle-ci, des arches innombrables, soutenues par des dizaines de colonnes romaines prélevées sur des sites en ruine, se détachent dans la pénombre.
L'édifice fut fondé en 670 par le général arabe Oqba Ibn Nafi, qui éleva là la première mosquée du Maghreb.
Il a été reconstruit sous sa forme actuelle en 836, sous la dynastie des Aghlabides, époque de prospérité où Kairouan était la capitale d'une vaste province. Ce chef-d'œuvre d'architecture a inspiré les autres mosquées du Maghreb et représente un témoignage exceptionnel des premiers siècles de présence musulmane dans cette région du monde.
L'âge d'or de Kairouan
Kairouan fut pendant deux siècles une des plus grandes métropoles de Méditerranée par sa richesse et son rayonnement. Son influence s'étendait jusqu'à la Sicile musulmane et une grande partie du Maghreb. La ville a conservé de très nombreux témoignages de cet âge d'or. C'est la dynastie des Aghlabides, fondée en 800 et dépendant du califat abbasside, qui fit de Kairouan la capitale d'une province largement indépendante, l'Ifriqiya - l'Africa des Romains.
Le nom des émirs aghlabides est resté attaché à de larges bassins circulaires situés à la périphérie de la ville, dont le plus grand atteint 128 mètres de diamètre, vestiges d'un système complexe de réservoirs d'eau qui faisait l'admiration des chroniqueurs du Moyen Age. Sous le règne des Aghlabides ont été construites la Grande
Mosquée ainsi que la petite Mosquée des Trois-Portes, remarquable par sa façade sculptée de frises et d'inscriptions en caractères arabes. Les califes fatimides, puis les princes zirides, régnèrent ensuite sur la Tunisie.
Kairouan, bien qu'elle ne fût plus la capitale des nouveaux souverains, resta une ville raffinée, embellissant la Grande Mosquée, produisant de magnifiques manuscrits calligraphiés et des pièces de valeur en céramique, en bronze, en verre et en bois sculpté.
Ces nombreux objets d'époques aghlabide et fatimide peuvent encore être admirés au musée de Raqqada, construit non loin de Kairouan sur le site d'une ancienne résidence princière.
Kairouan, ville sainte
On a surnommé Kairouan la "ville aux trois cents mosquées". Vue d'un bâtiment élevé, la Médina offre en effet l'étonnant spectacle d'une multitude de coupoles blanches disséminées entre les terrasses, et qui signalent des tombeaux de saints musulmans et de zaouïas, édifices dédiés à des maîtres spirituels ayant dispensé à Kairouan un enseignement religieux.
La cité, saccagée lors de l'invasion de la Tunisie par des nomades pillards, les Hilaliens, connut un certain déclin après le Xème siècle. Mais elle demeura jusqu'à nos jours un centre religieux de premier plan.
L'une des coupoles de la Médina abrite un puits vénéré aussi ancien que la ville elle-même, le pittoresque Bir Barrouta, dont l'eau est sacrée ; elle est puisée aujourd'hui encore par une noria actionnée par un dromadaire.
On peut visiter aussi la très ancienne zaouïa de
Sidi Abid el-Ghariani, avec son élégant patio à portique et ses plafonds de bois finement décorés, et l'étonnante zaouïa de Sidi Amor Abada couverte de coupoles, où sont exposés des objets géants couverts d'écriture pieuse.
Mais la plus exceptionnelle de ces zaouïas est celle de Sidi Saheb (surnommée "Mosquée du Barbier") qui abrite le tombeau d'un compagnon du Prophète, lequel, dit-on, avait conservé en relique trois poils de la barbe de celui-ci. Dans ce vaste édifice du XVIIe siècle, de ravissantes cours et galeries ornées de panneaux de céramique et de stuc sculpté traduisent un mélange d'influences andalouses et turques.
Kairouan, ville de traditions
Ville sainte, ville mythique, Kairouan a le charme envoûtant d'une cité pétrie d'histoire et de piété, jalouse de son patrimoine et de ses traditions. Une atmosphère toute particulière imprègne les vieux quartiers. Au fil des souks, on découvrira bien des trésors.
Telle échoppe expose des mergoums, ces tapis ras tissés à motifs géométriques multicolores, telle autre de grands plateaux de cuivre ciselé, d'autres encore des sandales en cuir ou des selles d'apparat, objets de vannerie ou costumes traditionnels brodés de soie.
Des étalages présentent des amoncellements de pains aux formes variées, de beignets au miel, ou de pâtisseries aux dattes en forme de petits losanges, les makroudhs, qui sont une spécialité bien connue de la ville.
Mais Kairouan est surtout réputé pour le tapis qui porte son nom. Ce tapis à point noué utilise une technique particulière, le point de Gôrdes, qui lui confère une grande tenue. A travers toute la ville, des ateliers de tissage permettent d'assister au patient travail d'artisanes aux mains expertes.
Elles réalisent point par point d'immenses tableaux au décor caractéristique des tapis de Kairouan, décliné parfois en couleurs chatoyantes, parfois en tons plus sobres qui sont les teintes naturelles de la laine de mouton.
Voyager à partir de Kairouan
Kairouan est situé à mi-chemin du littoral et d'un massif montagneux, la Dorsale tunisienne.
Un réseau de routes souvent charmantes permet d'explorer de nombreux centres d'intérêt, tels des sites archéologiques en pleine nature ou les villes touristiques de la côte.
SBEÏTLA
Le site antique de Sbeïtla est un des sites majeurs de Tunisie. On admirera tout particulièrement son extraordinaire capitale formé de trois temples accolés - une forme presque unique dans le monde romain - ainsi que les vestiges de nombreux lieux de culte chrétien, qui constituent l'autre originalité du site.
MAKTHAR
Le site antique de Makthar possède quelques vestiges de toute beauté tels le magnifique arc de Trajan, les Grands Thermes, la "Schola des Juvenes", des monuments funéraires autochtones, des restes de fortifications byzantines...
THUBURBO MAJUS
Un superbe site archéologique présentant des vestiges d'une ville antique prospère (énorme capitule, maisons, temples, thermes, palestres...).
EL JEM
Cette petite ville est célèbre par son Colisée - le plus grand au monde après ceux de Rome et de Capoue - construit par l'empereur Gordien vers 230 ap. J.C. ; un monument très impressionnant auquel s'ajoute un musée riche en mosaïques romaines.
MONASTIR
Cette ville historique possède une grande
forteresse médiévale (le Ribat). Elle est
aussi un centre international de tournage
cinématographique.
SOUSSE ET PORT EL KANTAOUI
Sousse, station balnéaire réputée, est aussi une ville d'histoire. On visitera sa grande Médina qui a conservé de nombreux monuments du Moyen Age : les remparts, le Ribat, la Grande Mosquée, la Kasbah... Celle-ci abrite un riche musée archéo- logique et offre une vue magnifique sur la vieille ville et la mer. Jouxtant Sousse, Port El Kantaoui est une ravissante station intégrée enserrant un port de plaisance et un parcours de golf.
MAHDIA
A moins d'une heure de voiture de
Sousse, Mahdia permet les plus agréables
flâneries : la Médina sur une presqu'île,
le grand port de pêche, le cimetière marin
sont un enchantement.
Plusieurs monuments témoignent du
passé prestigieux de la ville.