La
partie nord
du territoire
du Soudan moderne
est connue jusqu'au
XVIème
siècle
sous le nom
de Nubie. En
revanche, l'histoire
du Soudan méridional
demeure obscure
jusqu'au XIXème
siècle.
Les
royaumes du
Soudan
-
Epoque néolithique
: Présence
d'une riche
civilisation
née des
contacts avec
un Sahara en
voie de désertification.
- Milieu
du IVème
millénaire
avant J.-C.
: Apparition
de principautés.
- Environ
2500-1500 avant
J.-C. :
Naissance au
royaume de Kerma.
Ce dernier entretient
d'étroits
contacts avec
l'Égypte,
qui l'évoque
sous le nom
de Coush et
lance parfois
des expéditions
contre lui.
Des monuments
et vestiges
archéologiques
(deffutas de
Kerma), situés
dans la région
comprise entre
le désert
de Nubie et
le Nil témoignent
aujourd'hui
d'une civilisation
originale.
- De 1500
A 1075 environ
: L'Égypte
du nouvel Empire
exerce une grande
influence sur
le pays. La
région
reprend ensuite
son indépendance
et une dynastie
nubienne fonde
une principauté
autour de Napata.
- VIIIème
siècle
avant J.-C.
: Le roi
de Coush annexe
l'Égypte
et se proclame
pharaon.
- 671 avant
J.-C. :
Renversée
par les Assyriens,
la dynastie
coushite se
replie à
Napata, puis
a Méroé,
plus au nord
et moins soumis
à l'accentuation
de la désertification.
- Vers 350
avant J.-C.
: Le royaume
éthiopien
d'Aksoum conquiert
la Nubie.
- A partir
du VIème
siècle
de notre ère
: A l'ancien
royaume de Méroé
succèdent
de petits royaumes
chrétiens
qui subsistent
jusqu'au début
du XVIème
siècle.
Isolés
après
la conquête
arabo-musulmane
de l'Égypte
vers 640, ils
disparaissent
les uns après
les autres lorsque
les Foundjis,
des Noirs islamisés,
établissent
un sultanat
à Sennar
en 1504.
La
conquête
de Méhémet
Ali
-
XVIème
siècle
: Le sultanat
des Foundji,
dont la puissance
est assise sur
la traite des
Noirs, devient
un État
puissant dont
la capitale
se révèle
être l'un
des foyers culturels
les plus importants
de l'islam.
- Fin du
XVIIIème
siècle
: Des dissensions
entre les grandes
tribus foundji
affaiblissent
considérablement
le royaume.
- 1821 :
Le Soudan est
envahi par l'armée
de Méhémet
Ali, vice-roi
d'Égypte.
- 1823 :
Fondation de
Khartoum, au
confluent des
deux Nil. Une
vaste partie
de la Nubie
est rattachée
à l'Égypte
sous le nom
de Soudan égyptien.
La domination
égyptienne
(qui va durer
soixante ans)
s'étend
progressivement
au sud, soutenue
par les Britanniques
qui veulent
compter l'Égypte
parmi leurs
possessions
d'Afrique australe.
A l'ouest, néanmoins,
le Sultanat
de Darfour,
dans le djebel
Marra habité
par les Fours,
conserve son
indépendance
jusqu'en 1916.
Les querelles
intestines provoquées
par la traite
des esclaves
dans le Sud,
et plus généralement
par l'incompétence
de l'administration,
ne font que
s'accentuer
pendant cette
période.
- De 1877
à 1880
: Alors
que le Soudan
égyptien
est gouverné,
au nom de l'Empire
ottoman, par
le général
et administrateur
britannique
Charles George
Gordon, des
efforts sont
déployés
pour supprimer
le commerce
des esclaves.
La
révolte
mahdiste
-
1882 : La
démission
de Gordon puis
l'instauration
d'un protectorat
britannique
en Égypte
aggravent les
tensions internes
au Soudan. La
révolution
nationaliste
mahdiste naît
à ce
moment : les
disciples de
Muhammad Ahmad
Abd Allah, qui
s'est proclamé
Mahdi (c'est-à-dire
imam caché,
ou messie, dans
la tradition
musulmane),
remportent plusieurs
victoires.
- Novembre
1883 : Les
Ansar parviennent
notamment à
détruire
un corps d'armée
égyptien
et à
se rendre maître
de Khartoum
en janvier 1885,
bataille au
cours de laquelle
Gordon trouve
la mort. Ils
parviennent
ainsi à
contrôler
le nord du Soudan.
La situation
intérieure
se détériore
sous le règne
du Mahdi puis
du calife Abdallah
al-Taaisha,
qui succède
au Mahdi en
1885. Le calife
mène
une lutte incessante
contre les peuples
nilotiques du
Sud, annexant
une grande partie
de leur territoire
au Soudan égyptien,
et se lance
dans plusieurs
autres aventures
militaires,
dont une tentative
avortée
de conquête
de l'Égypte
en 1889.
- 1896 :
Les gouvernements
britannique
et égyptien,
soucieux de
contrer l'influence
croissante de
la France en
Afrique centrale,
lancent une
expédition
militaire commune
contre le calife.
Menée
par le général
Kitchener, elle
se solde par
la défaite
des troupes
mahdistes à
Omdurman, le
2 septembre
1898.
Le
Soudan anglo-égyptien
- 19 janvier
1899 : Instauration
d'un condominium
anglo-égyptien
sur le Soudan.
En réalité,
le Royaume-Uni
apparaît
comme le véritable
maître
du pays, établissant
dans le Nord
une organisation
administrative
efficace, et
favorisant le
développement
économique
de la colonie,
notamment par
l'irrigation
de la Gézireh.
La mainmise
britannique
est bien plus
ténue
dans le Sud,
placé
sous l'autorité
d'une poignée
de fonctionnaires
coloniaux, les
"barons
du marais"
et sous l'influence
des missionnaires
chrétiens,
autorisés
par le gouvernement
britannique
à évangéliser
les populations
nilotiques.
Les Français
tentent également
de s'établir
dans cette région
: l'expédition
menée
par Marchand
à Fachoda
manque de provoquer
un affrontement
direct entre
les deux puissances
coloniales occidentales.
Kitchener contraint
les Français
à se
retirer en échange
de l'abandon
de leurs prétentions
sur le Sahara.
La pacification
du Soudan a
été
difficile et
n'est réellement
achevée
qu'en 1916,
après
l'assassinat
du sultan du
Darfour par
des agents anglais.
- 1922 :
A la suite de
l'indépendance
de l'Égypte,
le nationalisme
soudanais redouble
de vigueur.
Il est cependant
divisé
entre partisans
de l'intégration
à l'Égypte
et indépendantistes,
représentés
par le parti
Oumma (dont
le nom signifie
littéralement
la communauté
musulmane) allié
à la
secte des Ansars.
- 1924 :
Premier soulèvement
dans le sud.
Les Anglais
choisissent
alors de mener
une double politique,
d'"indirect
rule" au
nord, les sheikhs
servant d'intermédiaire
entre les autorités
anglo-égyptiennes
et la population
et une "southern
policy"
au sud. En pratique,
Nord et Sud
cessent toutes
communications,
les Anglais
empêchant
tout contact
entre les deux
parties du Soudan.
Cette politique
est source de
frustration
et de ressentiments.
Au nord, les
populations
estiment que
les sudistes,
accusés
de ne pas être
de véritables
nationalistes,
font figure
de traîtres,
alors qu'au
sud les populations
ont le sentiment
d'être
des oubliés,
des laissés-pour-compte.
- 1936 :
Un traité
signé
par l'Égypte
et le Royaume-Uni
confirme la
convention de
1899. Toutefois,
après
la Seconde Guerre
mondiale, les
deux pays entament
des négociations
afin de réviser
ce traité.
Le gouvernement
égyptien
exige le départ
des Britanniques
du Soudan, lesquels
s'y refusent
: ils ne consentent
qu'à
de légères
modifications
institutionnelles.
L'indépendance
-
1948 : Election
d'une assemblée
législative,
dominée
par les partis
représentant
le nord du pays.
Les députés
exigent des
deux puissances
coloniales la
création
d'un gouvernement
soudanais et
dénoncent
le condominium.
- Octobre
1951 : Farouk
d'Égypte
se proclame
unilatéralement
roi du Soudan.
Après
que le souverain
eut été
contraint d'abdiquer
par le général
Néguib,
le Soudan se
voit reconnaître,
en 1952, le
droit à
l'autodétermination.
- Fin de
l'année
1953 : De
nouvelles élections
législatives
ont lieu. Le
parti démocratique
unioniste, proégyptien,
et le parti
Oumma remportent
la majorité
des sièges,
ce qui entérine
la marginalisation
des partis politiques
du Sud. La formation
d'un gouvernement
"entièrement"
soudanais, composé
pour l'essentiel
de représentants
du Nord, en
janvier 1954,
marque le début
de la "soudanisation"
du pays, qui
crée
un contexte
favorable à
un affrontement
civil entre
populations.
Celui-ci éclate
dès août
1955. Conduits
par le mouvement
Anya-Nya, les
Sudistes revendiquent
la création
d'un État
distinct. Ils
reçoivent
le soutien des
États-Unis,
d'Israël,
de l'Ouganda
et de l'Éthiopie.
- 1er janvier
1956 : Instauration
de la république
(unitaire) du
Soudan, reconnue
immédiatement
par l'Égypte
et le Royaume-Uni,
appuyée
par l'Union
soviétique
dans sa lutte
contre le Sud
sécessionniste.
Le Soudan devient
membre de la
Ligue arabe
le 19 janvier
et des Nations
unies le 12
novembre de
la même
année.
Le gouvernement
de Nemeiri
-
1958 : Les
élections
législatives
donnent la majorité
au parti Oumma.
Toutefois, l'armée
se révolte
et porte au
pouvoir le général
Ibrahim Abboud,
favorable à
une intensification
des relations
avec l'Égypte.
Sa démission,
intervenue en
1964 après
une violente
révolte
étudiante,
permet le rétablissement,
provisoire de
la démocratie,
mais ne modifie
en rien la politique
menée
à l'égard
du Sud. Après
la guerre israélo-arabe
de 1967, la
diplomatie du
pays s'affirme
résolument
proarabe.
- 1969 :
Un groupe d'officiers,
avec à
sa tête
le général
Djafar al-Nemeiri,
prend le pouvoir
et installe
un gouvernement
placé
sous l'autorité
d'un conseil
révolutionnaire.
Le nouveau régime
réprime
le mouvement
fondamentaliste
des Frères
musulmans et
le parti Oumma,
se rapproche
des États-Unis
et de l'Égypte
(il est le seul
pays de la région
arabo-musulmane
à soutenir
l'accord de
paix avec Israël)
et négocie
un cessez-le-feu
avec les sécessionnistes
du Sud, auxquels
l'autonomie
est accordée.
- Juillet
1971 : Une
tentative de
coup d'État
imputable à
des officiers
communistes
échoue.
Le général
Nemeiri en profite
pour décapiter
le Parti communiste
soudanais (le
plus puissant
d'Afrique),
opère
des milliers
d'arrestations
et fait exécuter
des opposants,
parmi lesquels
Joseph Garang,
l'ancien ministre
des Affaires
du Sud et le
secrétaire
général
du parti, Abd
al-Khaliq Mahjoud.
- 1972 :
Confirmé
à la
tête de
l'État,
réélu
pour un troisième
mandat en avril
1983, Nemeiri,
confronté
à la
faillite de
l'économie
soudanaise,
renoue avec
les Frères
musulmans, qui
entrent au gouvernement,
et fait appliquer
la loi islamique
(la charia).
Le Sud, où,
depuis le cessez-le-feu
de 1972, les
investissements
étrangers
affluent, est
divisé
en trois provinces.
Les Sudistes
se rebellent
de nouveau,
refusant ce
découpage
géographique
et l'entrée
en vigueur de
la charia. Ils
sont désormais
rassemblés
au sein d'une
seule armée,
l'Armée
de libération
du peuple soudanais
(APLS), dirigée
par le colonel
John Garang.
Dans le Nord,
la situation
se dégrade
également,
avec l'opposition
du parti Oumma
et des Ansars,
et les manifestations
contre l'augmentation
du prix des
produits alimentaires
se multiplient.
- Avril 1984
: La loi
martiale est
proclamée.
- Janvier
1985 : L'exécution
publique d'un
religieux musulman,
Mahmoud Tahan,
âgé
de soixante-seize
ans, vénéré
comme un saint
homme, accroît
les troubles
politiques.
En avril, un
soulèvement
populaire à
Khartoum débouche
sur un nouveau
coup d'État
militaire.
Établissement
d'un pouvoir
islamique
Après
une période
de transition,
la démocratie
est rétablie
; Sadek al-Mahdi,
arrière-petit-fils
du Mahdi et
chef de file
du parti Oumma,
est élu
Premier ministre
en 1986, lors
des premières
élections
libres organisées
dans le pays
depuis dix-huit
ans. Il intensifie
l'offensive
contre les Sudistes,
mais la crise
sociale provoquée
par la hausse
de la dette
publique, les
ravages d'une
famine due à
la guerre et
à des
crues extraordinaires
du Nil affaiblissent
le nouveau gouvernement.
- Juin 1989
: L'armée
reprend le pouvoir,
sous la direction
du général
Omar el-Béchir,
qui épouse
l'orientation
idéologique
pro-islamique
d'un juriste
formé
en Occident,
Hassan al-Tourabi.
Les institutions
démocratiques
sont suspendues,
la charia appliquée
avec une nouvelle
vigueur. Après
l'échec
des négociations
avec l'APLS,
la guerre s'intensifie.
- 1991 :
La chute, en
Éthiopie,
du régime
de Mengistu
prive l'APLS
de l'une de
ses bases de
repli, mais
la conclusion
d'un cessez-le-feu
n'intervient
qu'en 1995,
sous l'égide
de l'ancien
président
américain
Jimmy Carter.
Malgré
les tentatives,
parfois couronnées
de succès,
de diviser ses
adversaires
de l'APLS en
attisant les
clivages communautaires,
le régime
ne parvient
pas à
mater le soulèvement.
Les nouveaux
régimes
d'Éthiopie
et d'Érythrée
apportent désormais
leur soutien
à la
guérilla,
ainsi qu'aux
opposants musulmans
traditionnels.
- Mai 1998
: Le droit
à l'autodétermination
des peuples
du Sud soudanais
est reconnu,
mais non suivi
d'effet. Le
problème
essentiel n'est
pas l'indépendance,
que les organisations
du Sud ne revendiquent
pas formellement,
mais la décision
d'appliquer
la loi islamique
à l'ensemble
de la population.
Aidé
uniquement par
les organisations
non gouvernementales,
le Sud soudanais
reste dévasté
par une guerre
qui entraîne
famine sur famine
et qui ne semble
pas devoir se
terminer tant
que le régime
en place refusera
de prendre en
compte les revendications
des non-musulmans.
- Mai 1999
: Le régime
cherche à
se réconcilier
avec l'opposition
nordiste en
exil : Djafar
el-Nemeiri rentre
à Khartoum
; al-Tourabi
rencontre Sadek
al-Mahdi du
parti de l'Oumma.
Sur le plan
international,
le régime
soudanais est
de plus en plus
isolé.
- 1990 :
Son refus de
condamner l'invasion
irakienne du
Koweït
entraîne
une dégradation
de ses relations
avec les pays
du Golfe.
- 1993 :
Les États-Unis,
après
plusieurs mois
d'enquête,
inscrivent le
Soudan sur la
liste des États
soutenant le
terrorisme.
Dénoncé
par les organisations
non gouvernementales
pour les graves
atteintes aux
droits de l'Homme,
notamment dans
le Sud (offensives
meurtrières,
utilisation
de la famine
comme arme,
exode massif
des populations),
le pouvoir,
contrôlé
par les islamistes,
a également
perdu l'aide
financière
des pays occidentaux.