L'Artisanat au Sénégal

 Vannerie à Dakar
L'artisanat sénégalais est essentiellement consacré aux objets du quotidien : outils de travail, accessoires utilitaires ou ustensiles de cuisine.
La vannerie est l'activité artisanale la plus répandue au niveau rural, environ 85 % des habitants dans les villages exercent cette activité.
Pays de la débrouille, le Sénégal utilise beaucoup le recyclage et des matériaux de récupération pour réaliser divers objets. 
Chaque région possède ses traditions de : 

Tissage

Chez les Wolof, le coton est cueilli, filé et teint par les femmes tandis que le tissage est effectué par les hommes. Ils utilisent des fils industriels pour confectionner des pagnes très colorés.
La teinture à l'indigo reste l'apanage des femmes et Saint-Louis est le fief de cette spécialité.
Les teinturières confectionnent les vêtements en variant le type de plissage et de nouages afin d'obtenir différents motifs. Chaque dessin porte un nom particulier.
Les femmes battent le tissu sur une planche lisse afin d'enlever tout pli ou marque de nouage.
Les tissus peuvent également être gravés à l'aide d'un pochoir en bois trempé dans de la cire chaude afin de réaliser des motifs en relief.
Les femmes diola se servent d'un instrument appelé fotekun pour filer le coton.
 En Casamance, ce sont les Mandjak qui sont spécialisés dans le tissage. Ils fonctionnent toujours par deux pour travailler des bandes étroites de pagnes avec des motifs représentant des personnages, des animaux ou des fleurs.
Les dessins obtenus sont souvent travaillés par l'opposition de fils noirs et de fils blancs, mais d'autres couleurs peuvent être utilisées. 
Chez les Peul et les Toucouleur, le tissage est réservé à une caste sédentaire, les Maboulé, qui confectionnent essentiellement des couvertures. Ils utilisent un métier à tisser appelé tiag-niral, et ce sont les femmes qui pratiquent la teinture. Très superstitieux, ils transmettent à leur fils, en même temps que le métier à tisser familial, des gris-gris chargés de leur amener une nombreuse clientèle et d'éloigner les esprits malfaisants qui pourraient venir mélanger les fils.
Il existe également des tisserands ambulants qui se font héberger par des familles en échange de leur travail. Ils fabriquent ainsi des couvertures et des boubous avec les matières premières que leur fournissent les femmes (laine ou coton). 

Vannerie 

La vannerie wolof est un artisanat familial qui produit de grandes variétés de motifs et de techniques. Pour les paniers destinés à porter les noix de cola, les artisans utilisent des feuilles de palme qu'ils tressent en forme de damiers.
Les Diola sont de grands spécialistes dans l'art de la vannerie avec plus de cent paniers répertoriés aux formes et aux fonctions différentes. Les plus grands paniers et les vans sont tressés par les hommes, tandis que les femmes s'occupent des petits paniers et des parasols.
Elles confectionnent également des chapeaux et des entonnoirs. Les vanniers utilisent des fibres ou des feuilles de rônier qu'ils exploitent selon plusieurs techniques spiralées. Les Bassari sont également de grands experts en vannerie qui est appelée niguida chez eux.Ils utilisent des feuilles de palmiers et de rônier qui sont au préalable bouillies et séchées puis découpées en lamelles.
Les feuilles sont ensuite teintes en jaune, rouge ou noir et servent à la confection de paniers, de nattes, de chapeaux, de bracelets de paille tressée et d'éventails. 
Les femmes Peul exécutent des nattes en lamelles de raphia et de roseau, et des couvercles de calebasses en feuilles de rônier et de palmier.
Les disques de vannerie se transmettent de mère en fille lors des mariages. Les bergers Peul, quant à eux, portent de grands chapeaux coniques tressés avec des lanières de cuir et arborant de grandes plumes d'autruche.Travail du Cuir 
Chez les Wolof, ce sont les Woudé qui font office de cordonniers et de maroquiniers. En effet, ils réalisent sandales, amulettes et harnachements pour chevaux destinés aux gens du pays. Pour les Européens, ils exécutent plutôt des travaux de maroquinerie avec des sacs ou des porte-monnaies de bonne facture. 
Pour les Diola et les Bassari, le travail du cuir est effectué par des artisans de peuples voisins : les Mandingue et les Malinké. Chez les Peul qui sont sédentaires et les Toucouleur, le travail du cuir est confié à deux castes : les cordonniers appelés Garankobé et les bourreliers qui ont pour nom les Sakebé.
Les Garankobé exécutent eux-mêmes le tannage des peaux. Ils utilisent une planche pour la découpe du cuir (walakhal) et un polissoir servant à lustrer la matière (bounni). Quant aux Sakebé, outre les équipements pour animaux, ils fabriquent d'autres accessoires en cuir (sacs, sandales…). 

Travail du Métal

Chez les Wolof, le travail du métal est partagé entre les forgerons et les bijoutiers. Les premiers fabriquent exclusivement des armes et des outils agricoles.
Tandis que les seconds travaillent essentiellement l'or et l'argent pour la fabrication de leurs produits. Leur technique du filigrane permet de réaliser des bijoux de fils d'or très fins assemblées par soudure qui sont particulièrement prisés par les femmes africaines.
Le forgeron Diola est issu d'une caste très fermée qui est spécialisée dans la fabrication d'instruments agraires et d'armes (poignards, lances, arcs, flèches…).
Le forgeron est aussi celui qui crée les accessoires nécessaires aux cérémonies rituelles : masques pour la circoncision et accessoires pour la lutte et les danses (marteau, grelots...). Chez les Bassari, outre les armes et les outils aratoires, le forgeron fabrique également des bijoux en fer (bracelet, bracelet de chevilles, colliers…) notamment pour les cérémonies rituelles. 
Chez les Peul et les Toucouleur, le travail du métal est confié à la caste des Waïloubé. 

Travail du bois 

Les principaux artisans du bois sont Peuls : ce sont les Laobé.
Dispersés dans toute l'Afrique de l'Ouest, ils se scindent en deux grands groupes : les Laobé Lana, qui vivant le long des grands fleuves sont spécialisés dans la fabrication de pirogues ; et les Laobé Gorworo, qui fabriquent divers objets de la vie quotidienne : mortiers, pilons, cuillères, coupes, plats, instruments de musiques, sièges etc…
 Ils utilisent différents arbres pour leur travaux : le rônier, le palétuvier, le bambou, le manguier, ou encore le fromager.
 Les Wolof et les Diola font appel aux Laobé pour le travail du bois.
Les Bassari n'ont pas d'artisan attitré pour leurs ouvrages en bois.
Ainsi, ils gravent des calebasses et confectionnent des mortiers, des cuillères et des lits (faits essentiellement en bambou 

Poterie 

Chez les Wolof, ce sont les femmes forgerons qui confectionnent les objets du quotidien : jarres, canaris…
Ces poteries sont généralement ornées de motifs géométriques blancs, rouges ou jaunes. 
Chez les Bassari, la potière, qui est appelée bubadi, crée de grands canaris destinés à recueillir les réserves de grain. Elle réalise également de grandes jarres servant à la cuisson du riz ainsi que des encensoirs et des gourdes.
 Les femmes Peul fabriquent, quant à elles, des poteries utilitaires aux formes épurées sans ornement particulier : marmites, plat à couscous, plat pour beignets .

Texte : Blandine Leguichaoua
Photo : Vannerie au marché Kermel - Dakar © Jean-Louis Delbende - 2010