| Les
premiers habitants connus du Rwanda
furent vraisemblablement des Pygmées
, ancêtres des Twa actuels.
- 1 000 ans avant J.-C. avant
notre ère : Présence
humaine attestée par des
fouilles archéologiques
ayant mis au jour une métallurgie
du fer et des poteries - apparentées
à la culture bantou. On
les attribue à une population
qui serait originaire du bassin
du Congo et dont l'arrivée
dans la région remonterait
à cette époque.
- du Xème au XVème
siècle : Arrivée
des Tutsi, pasteurs venus du Nord.
Ces trois communautés partageaient
la même langue, le kinyarwanda,
et la même religion à
l'arrivée du colonisateur.
Le roi ou Mwami était l'image
d'Imana, le dieu suprême,
et régnait sur l'ensemble
de ses sujets, les Banyarwanda.
Sous son arbitrage, le pays était
régi au plan administratif
par les chefs de sol (généralement
d'origine hutu), les chefs de
pâturages (d'origine tutsi)
et les chefs d'armées (recrutés
chez les Tutsi). Le pouvoir était
aux mains d'une aristocratie tutsi,
mais les mariages entre familles
de pasteurs et de cultivateurs
n'étaient pas rares, sauf
dans l'aristocratie qui conservait
ainsi le pouvoir.
Colonisation européenne
- 1858 : Le premier Européen,
John Hanning Speke, découvre
la région des grands lacs,
sans entrer cependant dans le
pays.
- Dans les années 1880
: Speke est suivi par des
explorateurs allemands puis des
missions catholiques sont établies.
- 1890 : Les Allemands
parviennent à intégrer
le Rwanda (Ruanda) ainsi que le
Burundi (Urundi) à leurs
possessions d'Afrique orientale
malgré les réticences
du Mwami Musinga.
- 1916 : Les Belges, aidés
par les Anglais, en chassent les
Allemands et occupent le pays.
Puis le territoire du Ruanda-Urundi
est placé sous mandat de
la Société des Nations
(SDN) et son administration est
confiée à la Belgique.
Dans un premier temps, celle-ci
gouverne en s'appuyant sur les
autorités en place, le
Mwami et l'aristocratie tutsi,
dont les pouvoirs sont cependant
modifiés et figés
par la réforme de 1926
(les fonctions de chef deviennent
héréditaires).
- 1931 : Le Mwami Musinga
est destitué et exilé
au Congo belge (actuelle République
démocratique du Congo).
Il est remplacé par son
fils Mutara III Rudahigwa, jugé
plus docile. Appliquant le système
de l'administration indirecte,
la nouvelle administration autochtone
est chargée par la puissance
coloniale de faire exécuter
les travaux de mise en valeur
du pays.
- 1934-1935 : Les Banyarwanda
sont soumis à un recensement
des hommes adultes et valides,
à qui l'on délivre
un livret d'identité où
figure la mention de l'appartenance
sociale, dite "ethnique".
Les missions chrétiennes,
protestantes à la fin de
l'époque allemande, catholiques
sous la colonisation belge, se
multiplient et prennent en main
l'éducation sur l'ensemble
du territoire tandis que le jeune
Mwami Mutara - il a vingt ans
au moment de sa prise de fonction
- se fait baptiser en 1943. Mais
ses relations avec l'Église
et les autorités de tutelle
se dégradent peu après,
en raison du transfert toujours
plus important des pouvoirs locaux
à l'administration coloniale.
Il demande notamment la suppression
des corvées publiques et
de la chicotte, et le rétablissement
de l'élection des chefs,
tandis que la majorité
hutu, dont les responsables n'ont
comme formation que les écoles
des missions, demande à
être associée au
pouvoir.
- Dès 1956 : Par
l'intermédiaire du Conseil
supérieur qu'il préside,
et sous la pression de ses conseillers,
le Mwami Mutara réclame
un calendrier précis pour
l'accession du pays à l'indépendance,
tandis que la majorité
hutu fait passer les réformes
sociales et politiques avant l'indépendance
qui redonnerait aux Tutsi le pouvoir
absolu qu'ils détenaient
avant la colonisation. Une exigence
qu'il s'apprête à
présenter devant les Nations
unies en 1959 lorsqu'il est inopinément
convoqué à Bujumbura,
alors capitale du Ruanda-Urundi.
- 25 juillet 1959 : La
mort du Mwami Mutara - mystérieuse
- est annoncée dans la
soirée. Dès lors,
le pays plonge dans la guerre
civile.
La révolution hutu
Après la mort du Mwami
Mutara, décédé
sans héritier, son successeur,
Kigeli V, illégitime aux
yeux des Hutu et imposé
par les conseillers du souverain
défunt, applique une politique
de fermeté dans la défense
des privilèges de l'aristocratie
tutsi. Les revendications socio-économiques
ont pris, depuis la publication,
en 1957, du Manifeste des Bahutu,
une dimension politique, sous
l'impulsion du Parmehutu (parti
du Mouvement de l'émancipation
hutu), et dégénère
en affrontements communautaires.
L'Église prend alors fait
et cause pour la majorité
hutu et l'administration coloniale
laisse se développer les
révoltes qui éclatent
en novembre 1959 et qui ensanglantent
le pays après l'assassinat
d'un responsable politique hutu.
Les Tutsi, très minoritaires,
sont massacrés et pourchassés.
- 1960 : Le Mwami doit
quitter le pays, plus de deux
cent mille Tutsi en font de même.
- Janvier 1961 : La république
est proclamée et un référendum,
organisé quelques mois
plus tard, rejetant par 80 % des
voix la monarchie.
- Septembre 1961 : Le Parmehutu
remporta les élections,
obtenant 78 % des suffrages à
l'Assemblée nationale.
- Le 26 octobre 1961 :
Le dirigeant du Parmehutu, Grégoire
Kayibanda, secrétaire de
l'archevêque du Rwanda,
est élu président
de la République rwandaise.
Indépendance
- 1er juillet 1962 : Sur
l'insistance du Conseil de tutelle
de l'ONU, la Belgique proclame
l'indépendance du Rwanda.
Le Parmehutu se transforme en
Mouvement démocratique
républicain (MDR), qui
domine la vie politique pendant
les dix ans qui suivent. Grégoire
Kayibanda est successivement reconduit
aux élections de 1965 et
de 1969.
- 1963 : Une tentative
de coup d'État des exilés
Tutsi échoue et entraîne
une nouvelle série de massacres
perpétrés contre
les Tutsi.
- 1966 : La violence reprend
dans les écoles et à
l'université, à
la suite de l'incursion d'une
poignée de Tutsi armés
à la frontière sud.
Enfin, quand des troubles éclatent
au Burundi voisin, dominé
par les militaires tutsi, qui
ont supprimé la royauté,
et que des Hutu cherchent refuge
au Rwanda, il s'ensuit encore
une nouvelle vague de violence
à l'encontre des Tutsi.
Mais des dissensions apparaissent
également entre les Hutu
du nord, chez lesquels la pression
tutsi a été plus
récente, et ceux du centre,
et du sud du pays.
La deuxième République
- Juillet 1973 : Le président
Kayibanda est déposé
sans effusion de sang par le ministre
de la Défense, le général
Juvénal Habyarimana, un
Hutu du Nord. Le Parlement et
le MDR sont suspendus et, dans
sa première déclaration
officielle, le nouveau chef de
l'État s'élève
contre la politique de discrimination
ethnique et régionale de
son prédécesseur.
Une politique qu'il reprend pourtant
largement à son compte
par la suite en instituant un
système de quotas dans
les écoles et l'administration.
Ainsi, aucun Tutsi ne figure parmi
les cent quarante-trois bourgmestres
(maires) que compte le pays, pas
plus qu'à la tête
des dix préfectures.
- 1975 : Le président
Habyarimana fonde son propre parti,
le Mouvement révolutionnaire
national pour le développement
(MRND).
- 1978 : Une nouvelle Constitution
est adoptée qui entérine
le régime de parti unique.
Après avoir déjoué
un coup d'État en 1980,
le président Habyarimana
est reconduit sans opposition
en 1983, puis en 1988.
- 1990 : La Belgique, la
France et plusieurs pays d'Afrique
centrale envoient des troupes
au Rwanda pour contrer un coup
d'État préparé
par des exilés Tutsi à
partir de l'Ouganda, où
ils aident l'actuel président
Museveni, Tutsi lui aussi, à
prendre le pouvoir. Réunis
au sein du Front patriotique rwandais
(FPR), ceux-ci sont soutenus par
des Hutu modérés,
opposants au régime et
vivant à l'intérieur
du pays.
- 1991 : Pressé
par son opposition et par la vague
de démocratisation qui
traverse le continent, le président
Habyarimana accepte de mettre
en place une nouvelle Constitution
qui donne naissance à une
démocratie pluraliste.
Le Conseil national de développement
est remplacé par une Assemblée
nationale de transition et un
poste de Premier ministre est
créé.
Le génocide rwandais
- Août 1993 : Un
accord sur le partage du pouvoir
entre le MRND, le FPR et les partis
d'opposition est signé
à Arusha en Tanzanie. Mais
le Premier ministre Faustin Twagiramungu
(un Hutu modéré,
président du MDR) ne parvient
pas à former son gouvernement
de coalition, tandis que le front
patriotique rwandais, venu d'Ouganda,
envahit le nord du pays, entraînant
le massacre de dizaines de milliers
de Hutu.
- 6 avril 1994 : L'avion
transportant les deux présidents
(hutu) du Rwanda et du Burundi
est abattu par deux missiles alors
qu'il s'apprête à
atterrir à l'aéroport
de Kigali. La mort du président
Habyarimana est immédiatement
suivie du massacre systématique
des Tutsi et de l'assassinat des
Hutu modérés par
les milices extrémistes.
Ce véritable génocide,
qui fait plus de 500 000 victimes,
se déroule sans qu'interviennent
ou cherchent à s'interposer
les Nations Unies ou les puissances
occidentales, certaines pourtant
présentes dans le pays
(Mission des Nations unies d'assistance
au Rwanda [Minuar], France, Belgique).
- 23 juin 1994 : Le gouvernement
français lance l'"Opération
Turquoise", une intervention
militaro-humanitaire mandatée
par l'ONU. Une zone de sécurité
est instaurée dans le sud-ouest
du pays.
- 4 juillet 1994 : Alors
que les tentatives de médiation
pour un cessez-le-feu échouent,
les combats tournent à
l'avantage du FPR soutenu par
l'Ouganda qui s'empare de Kigali
. Les Forces armées rwandaises
(FAR) se replient dans la zone
de sécurité, entraînant
avec elles des civils hutu qui
craignent les représailles.
Au total, près de 2 millions
de réfugiés se répartissent
ensuite entre la Tanzanie et le
Zaïre, où d'immenses
camps sont installés aux
abords de Goma. Malgré
l'intervention des organisations
humanitaires, l'aide se révèle
insuffisante et les épidémies
- le choléra notamment
- se propagent.
- 19 juillet 1994 : Un
gouvernement s'inspirant des accords
d'Arusha est mis en place à
Kigali par le FPR, excluant cependant
l'ancien parti unique MRND du
fait de sa responsabilité
dans le génocide. Le régime
présidentiel, dirigé
par Pasteur Bizimungu (FPR) est
caractérisé par
une forte composante militaire
tutsi. Pour avoir critiqué
la dérive du régime,
le ministre de l'Intérieur
Seth Sendashonga est démis
de ses fonctions (il sera assassiné
à Nairobi en 1998), en
même temps que le Premier
ministre hutu, Faustin Twagiramungu
(MDR) démissionne pour
protester contre la volonté
du FPR d'exercer le pouvoir sans
partage; il est remplacé
par Pierre-Célestin Rwigyema.
La Ligue rwandaise des droits
de l'homme et les organisations
internationales dénoncent
les arrestations arbitraires et
le climat de suspicion régnant
dans le pays. Cette situation
contribue à retarder le
retour des réfugiés,
réclamé de plus
en plus fortement par le Zaïre.
Le problème des réfugiés
Les nouvelles autorités
de Kigali sont rapidement soumises
à de fortes pressions internationales
pour favoriser le retour des réfugiés.
- Fin avril 1995 : En réaction,
le régime se durcit davantage,
décidant brutalement d'évacuer
les camps de déplacés
installés dans la zone
de sécurité, où
la propagande des partisans de
l'ancien régime est très
active. Plusieurs centaines de
personnes sont tuées par
l'armée tutsi dans le camp
de Kibeho.
- 9 juin 1995 : Kigali
impose au Conseil de sécurité
une réduction drastique
du mandat et des effectifs de
la Mission des Nations unies pour
l'assistance au Rwanda (MINUAR),
renouvelée une dernière
fois pour six mois.
- Décembre 1995 :
Le gouvernement fait expulser
quarante-trois organisations non
gouvernementales (ONG) qui ont
dénoncé le massacre
de Kibeho. Dans le même
temps, les responsables du génocide
en exil préparent leur
revanche depuis les camps du Zaïre.
- 1997 : L'aide apportée
aux troupes de Laurent-Désiré
Kabila par l'Ouganda et le Rwanda
oblige les quelque 400 000 réfugiés
hutu rwandais à fuir dans
les forêts du Zaïre.
Quelques groupes finissent par
rentrer au Rwanda, mais la grande
majorité est victime de
massacres perpétrés
par des Tutsi rwandais et zaïrois
appuyant les rebelles.
- Avril 1998 : Ne pouvant
obtenir des autorités congolaises
l'autorisation de mener une enquête
impartiale, l'ONU décide
de sa suspension.
- Juin 1998 : Un rapport
de l'ONU accuse l'armée
rwandaise et les troupes de Laurent-Désiré
Kabila d'avoir commis en 1996-1997
des massacres pouvant être
qualifiés d'"actes
de génocide".
Tribunal pénal international
En novembre 1994, le Conseil
de sécurité de l'ONU
avait créé à
Arusha (Tanzanie) un Tribunal
pénal international pour
le Rwanda, afin de permettre le
jugement des auteurs du génocide.
Son procureur, le juge malgache
Honoré Rakotomanana, avait
annoncé cependant le 19
février 1996 qu'il avait
signé deux mandats d'arrêt
contre d'anciens responsables
hutu détenus à Lusaka,
en Zambie. Parallèlement,
le nombre des détenus en
attente de jugement n'avait cessé
d'augmenter (69 000 début
1996 contre 28 000 un an auparavant)
dans les prisons de Kigali.
- 10 janvier 1997 : Le
TPR entend son premier témoin
et a, depuis lors, poursuivi l'audition
des témoins et des prévenus,
dont l'un deux, ancien haut responsable
dans l'ancien gouvernement rwandais,
a admis que celui-ci était
au courant des projets de massacre
contre la communauté tutsi.
- Mai 1998 : Après
l'exécution publique (condamnée
par la communauté internationale)
de 22 personnes jugées
coupables de génocide,
le Rwanda suspend la mission du
Haut-Commissariat aux droits de
l'Homme de l'ONU et expulse son
porte-parole. De plus en plus
contesté sur sa volonté
d'agir en faveur de la réconciliation
et du partage démocratique
du pouvoir, le régime s'attaque
à la fraction des Hutu
modérés qui lui
ont servi de caution lors de sa
prise du pouvoir en 1994. La plupart
de ces derniers, qui détenaient
des postes de responsabilité,
ont démissionné
en 1995, ont été
exclus sous l'accusation, non
démontrée, de "génocide"
et ont parfois même été
mystérieusement assassinés.
Par ailleurs, l'Ouganda a pris
ses distances vis-à-vis
de son allié rwandais à
propos de l'occupation du Kivu
et a négocié directement
avec Kabila, laissant le Rwanda
supporter seul l'impopularité
de l'occupation de cette région
de la République démocratique
du Congo, où la disparition
tragique des quelque 300 000 réfugiés
hutu n'a toujours pas été
élucidée.
- Juin 1999 : Le gouvernement
a décidé de prolonger
sa propre existence pour quatre
ans.
- Mars 2000 : On apprend
la démission de Pasteur
Bizimungu. Le général
Paul Kagamé est élu
à la présidence
de la République par les
députés et les membres
du gouvernement : il a récolté
81 voix contre 5 pour son unique
adversaire Charles Murigande.
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