Histoire de l'Ouganda

Issu de quatre royaumes, l'Ouganda exacerbe les rivalités européennes avant d'être cédé à la Grande-Bretagne, en 1890.

Avant la colonisation

A l'aube de notre ère : La région des Grands Lacs africains attire, par son climat tempéré et ses sols fertiles, les agriculteurs de langue bantou, puis les pasteurs de langue nilotique. Les deux groupes de population, différents par leur langue, occupent des espaces territoriaux séparés, mais des éléments de culture et de modes de vie sont transposés d'un groupe à l'autre.
- XVème siècle : Le Bunyoro, premier grand royaume, est fondé. Au cours des deux siècles suivants, son armée conquiert la majeure partie de l'Ouganda central.
- A la fin du XVIIème siècle : Le royaume du Bunyoro est agité par de nombreux conflits, et le gouverneur de la province du Bouganda proclame l'indépendance de son territoire. Ce nouveau royaume, défendu par une armée placée sous le contrôle direct du souverain, devient rapidement influent. Le roi appelé Kabaka est assisté d'un conseil de grands nobles (lukiko). Toutefois, malgré sa puissance, le Bouganda ne parvient pas à dominer entièrement les autres royaumes, tels que l'Ankole et le Toro, qui se sont également libérés du joug du Bunyoro.

Domination britannique

Les premiers Européens qui pénètrent en Ouganda sont les explorateurs britanniques, à la recherche des sources du Nil. Le kabaka Mutesal I (qui règne de 1852 à 1884) reçoit ainsi John Hanning Speke, puis Henry Morton Stanley, lequel se propose d'évangéliser le royaume.
- 1879 :
Le premier missionnaire parvient au Bouganda.
Moins de dix ans plus tard, le pays sombre dans la guerre civile. La Grande-Bretagne, rivale de l'Allemagne en Afrique de l'Est, et soucieuse de préserver ce territoire voisin du Kenya de l'influence de l'Égypte (et de l'islam), intervient pour mettre fin au conflit.
- 1894 : La Grande-Bretagne obtient de Mwanga, fils de Mutesa I, la signature d'un accord de protectorat. Les Britanniques mobilisent l'armée du Bouganda pour conquérir les royaumes avoisinants.
- Entre 1900 et 1902 : Le protectorat s'étend aux royaumes de Toro et d'Ankolé. Si le Bouganda, de christianisation ancienne, conserve un statut particulier, et continue à fonctionner selon son propre système politique et social, les autres royaumes sont colonisés de manière plus directe.
L'actuel Ouganda, territoire où sévissent la trypanosomiase et le paludisme, n'a jamais été une colonie de peuplement, les missionnaires, catholiques et protestants, étant, en revanche, très présents. Mais le développement de l'agriculture est favorisé et une paysannerie aisée se forme. Le système dans lequel domine le Bouganda fonctionne jusqu'après la Seconde Guerre mondiale.
- Dès 1945 : Les revendications indépendantistes, apparues au Bouganda dans l'entre-deux-guerres, se font plus insistantes.
- 1953 : Le kabaka Mutesa II ayant exprimé une volonté d'indépendance séparée, est exilé à Londres pour trois ans.

Indépendance

Les négociations qui doivent aboutir, en 1962, à l'indépendance de l'Ouganda, sont longues. Elles voient se poser, de manière aiguë, le problème des structures politiques. La solution retenue, exprimée dans la première Constitution, est de type fédéral - elle associe les quatre anciens royaumes - mais le Bouganda maintient sa prépondérance jusque dans le nom du nouvel État, l'Ouganda, pays des Baganda. Le kabaka Mutesa II en devient le président à vie. Cependant, Milton Obote, fondateur, en 1960, du Congrès du peuple ougandais, (UPC), l'Uganda People's Congress, devient Premier ministre. L'UPC, à l'image de son dirigeant, est le parti des populations nilotiques du Nord, opposées à la domination économique et politique du Bouganda et, donc, favorable à la centralisation. Dès lors, les tensions entre le Nord nilotique et le Sud bantou s'exacerbent.
- Mai 1966 : Obote, afin d'imposer la centralisation, envoie l'armée au Bouganda et dépose le kabaka, avec l'appui de son chef d'état-major, Idi Amin Dada, appartenant à une ethnie musulmane minoritaire du nord-ouest. Obote fait promulguer, l'année suivante, une nouvelle Constitution abolissant les royaumes, et instituant un régime présidentiel à parti unique.
Les dictatures d'Idi Amin Dada et d'Obote 

La résistance des Baganda, que la politique de nationalisation du commerce entreprise par Obote menace directement dans ses intérêts, la dégradation économique et les accusations de corruption se conjuguent pour déstabiliser Obote.
- Janvier 1971 : Idi Amin Dada prend le pouvoir par un coup d'État. Il augmente les effectifs militaires, élimine ses opposants politiques et fait régner la terreur aussi bien parmi les Baganda que parmi les populations nilotiques.
Le nombre de ses victimes peut être évalué à 200 000. Il expulse 60 000 Asiatiques, accusés de dominer l'économie.
- 1978 : L'Ouganda frôle la faillite, et le gouvernement dépend entièrement des prêts accordés par les États musulmans sympathisants d'Amin Dada. 
Les prétentions affichées par Amin Dada sur un territoire frontalier tanzanien, l'entrée de l'armée ougandaise, en novembre 1978, en Tanzanie, déclenchent l'intervention de ce pays contre le dictateur ougandais. Amin Dada est contraint de s'exiler en Arabie Saoudite et le président tanzanien, Julius Nyerere favorise le rétablissement d'un régime civil. Cependant, les troubles se prolongent et, après que trois présidents se soient succédés à la tête de l'Ouganda, Milton Obote, dont le parti, l'UPC, est sorti vainqueur des élections de décembre 1980, revient au pouvoir. L'économie du pays est dans une situation désastreuse, le taux d'inflation dépasse 200 %, une famine décime le Nord.
- 1981 : Après le retrait des troupes tanzaniennes, l'opposition est brutalement réprimée. Cent mille Ougandais trouvent la mort, tués ou affamés. L'opposition au régime est double ; d'une part, dans le Nord, les commandos armés des fidèles d'Amin Dada, d'autre part, dans le Sud baganda, l'Armée nationale de résistance (National Resistance Army, NRA), dirigée par Yoweri Museveni, un Banyankolé, formé en Tanzanie et au Mozambique. Au sein de l'armée nationale s'élève une nouvelle contestation, après que Milton Obote ait confié les principaux postes politiques et militaires aux membres de son ethnie, les Lango. 
- 1985 : Un coup d'État, mené par le général Tito Okello, nordiste, appartenant à l'ethnie nilotique des Acholi, renverse Obote qui se réfugie en Zambie.
- Janvier 1986 : Après quatre jours de combat à Kampala, la NRA porte son dirigeant, Yoweri Museveni, au pouvoir. 

Réformes 

Le nouveau gouvernement engage de profondes réformes en Ouganda.
- Depuis le début des années 1990 : Du point de vue économique, la situation s'est nettement améliorée : inflation contenue, croissance ininterrompue, liberté des changes. Sur le plan politique, Museveni a imposé une union nationale pluriethnique au sein du gouvernement.
- 1992 : Après avoir levé l'interdiction qui pesait sur les partis politiques, et l'année suivante, permit la restauration de la royauté au Bouganda (intronisation de Mutebi II), il s'est cependant montré plus réticent à accepter l'entrée dans les faits du multipartisme. 
- Dès 1986 : Malgré la réorganisation de l'armée, avec la fusion des troupes régulières et de l'ANR, la situation demeure incertaine au nord, où la guérilla menée par l'Armée de la résistance du Seigneur (Lord's Resistance Army), est soutenue par le Soudan, qui réplique ainsi à l'aide apportée par le régime ougandais à l'Armée de libération populaire, formée par les rebelles sudistes, animistes et chrétiens, en lutte contre le régime islamique de Khartoum. La question de la nature de l'État, fédéralisme ou unitarisme, demeure également en suspens et les pays occidentaux, notamment les États-Unis, tentent de faire pression sur le régime ougandais, largement aidé financièrement par les organismes internationaux, pour que soit instauré un réel multipartisme. 
- 1986 : Aidé dans sa prise de pouvoir par les réfugiés tutsi rwandais dont l'actuel homme fort de ce pays, Paul Kagamé, qui a été son chef des services de renseignement pendant une dizaine d'années, le président Museveni soutient fortement ces derniers dans leur reconquête du Rwanda en 1994, et, en 1997, favorise le renversement du président zaïrois Mobutu en appuyant Laurent-Désiré Kabila .
- 1999 : Le président Museweni se démarque de ses alliés rwandais, avec lesquels il soutenait jusqu'alors la rébellion congolaise anti-Kabila, en signant un accord avec le président du Congo Démocratique Laurent-Désiré Kabila, sous l'égide de la Libye, pour retirer ses troupes du pays. Ne pouvant venir à bout des rébellions du nord du pays, le pouvoir paraît s'être replié sur le Sud où les mouvements de guérilla sont néanmoins actifs et semblent s'être alliés avec les rebelles hutu rwandais. 
- Début juillet 2000 : On apprend que les Ougandais ont massivement refusé le multipartisme lors des élections organisées par le gouvernement. La Commission Électorale a annoncé que 91% des votants se sont prononcés en faveur du maintien du parti unique (NRM). 50 % de la population aurait participé à ces votations. Le parti de l'opposition " DP " a annoncé qu'il ne respecterait pas le résultat des élections. Sur le plan extérieur, on sait que des combats violents ont opposé l'armée ougandaise et rwandaise sur le territoire de la République Démocratique du Congo depuis 1999 (en particulier dans la ville de Kisangani).