Economie de la Libye

Lorsqu'elle accède à l'indépendance en 1951, la Libye, à la fois isolée et dénuée de ressources naturelles, est un des pays les plus pauvres du monde. Son économie est dominée par l'agriculture essentiellement pratiquée dans les régions côtières qui emploie alors 70 % de la population active et procure environ 30 % du produit national brut (PNB) tout en étant très dépendante de facteurs climatiques.

La découverte en 1958 de champs de pétrole de grande taille a transformé l'économie du pays. La production de pétrole croît très rapidement atteignant 3 millions de barils par jour au cours des années 1960 et faisant de la Libye un des principaux exportateurs. Elle s'accompagne d'une élévation du niveau de vie très rapide : dans les années 1970 le PNB par habitant de la Libye est le plus élevé de toute l'Afrique. Néanmoins, pendant toute la période Kadhafi, l'économie a été freinée par son caractère dirigiste (en 2005, le secteur privé ne représente que 2 % du PNB) ainsi que par les sanctions internationales.

L'économie de la Libye dépend principalement des revenus du secteur pétrolier, qui composent la presque totalité des exportations et plus de la moitié du produit intérieur brut (PIB) : le pays est le quatrième producteur de pétrole du continent africain. L'industrie et l'agriculture sont limitées, l'activité agricole pâtissant surtout de la nature des sols du pays, désertiques à 94 %.
Les revenus pétroliers couplés à une faible population font de la Libye le pays ayant le plus important PIB par habitant en Afrique. Depuis 2000, la Libye a enregistré des taux de croissance records avec une estimation à 8,1 % d'augmentation du PIB en 2006.

La Libye est le deuxième producteur de pétrole brut en Afrique après le Nigeria et devant l'Algérie. Mais la Libye dispose de la plus grande réserve de pétrole en Afrique, ses réserves sont estimées à 46,4 milliards de barils en 2011. La Libye est donc un des acteurs majeurs de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP).
Le pétrole libyen est de qualité, peu cher à produire et proche des centres de consommation. La capacité de production est en partie handicapée par la faiblesse des investissements liée à l'embargo qui n'a été levé qu'en 2003 et qui découlait des sanctions économiques décidées par le Conseil de sécurité des Nations unies en 1986 et prolongé en 1993 (voir : Résolution 748 (1992) et Résolution 883 (1993).
Le pétrole fournit en 2005 93 % des recettes du pays et 95 % de ses exportations. La part des revenus du pétrole dans le PNB est particulièrement forte puisqu'elle est le double de celle de l'Arabie saoudite et le triple de celle de l'Iran. En 2006 la production est de 1,8 million de barils par jour (2010) essentiellement concentrée sur le bassin de Syrte dont 270 000 sont consommés sur place et le reste exporté en majorité (85 %) dans les pays européens. L'industrie pétrolière est gérée par l'entreprise nationale publique National Oil Corporation (NOC) qui dispose d'une participation majoritaire dans tous les consortiums montés avec les compagnies pétrolières étrangères dans le domaine de l'exploration, de la production et du raffinage.
La Libye dispose également de réserves importantes de gaz naturel (1 548 milliards de m³) qui sont jusqu'à présent peu exploitées : 28 milliards de m³ (2009) sont produits et la moitié est utilisée dans le pays, en particulier dans des centrales de production électrique. Une partie du gaz est exportée vers l'Italie par le gazoduc Greenstream.
La Libye dispose de cinq raffineries d'une capacité de traitement totale de 378 000 barils par jour. Les deux plus importantes se trouvent à Ras Lanuf (220 000 b/j) et à Azzawia (120 000 b/j.
Le pétrole est la ressource quasi unique du pays qui reste fortement dépendant de l'étranger pour tout le reste. Le pétrole contribue directement à la formation du PNB à hauteur de 35 %, le secteur des services représente 45 % du PIB, la construction 7 %, l'industrie 7 % et l'agriculture 8 % (chiffres de 2005).

Environ 1 % de la superficie de la Libye est cultivée et 8 % permet le pâturage. Les superficies recevant entre 250 et 500 mm de précipitations annuelles représentent 9 400 km² dans les régions de Djeffara et du djebel Nafusah à l'ouest et 13 000 km² dans la région de Benghazi et du djebel Akhdar.

La région de Djeffara est la seule ayant une tradition agricole. Les principales productions sont le blé, l'orge, les tomates, les citrons, les patates, les olives, les figues, les abricots et les dattes. Les projets d'expansion de la production agricole en utilisant les abondantes réserves d'eau fossile (projet de la Grande Rivière Artificielle) n'ont pas donné de résultats significatifs. Malgré la volonté de ses dirigeants, la Libye est complètement dépendante des importations pour l'alimentation de sa population. L'industrie porte essentiellement sur la transformation des produits agricoles, la production de textiles, de ciment, d'acier à partir de minerai de fer importé et d'aluminium. Les unités de production sont souvent en mauvais état et sous-utilisées.
Malgré un bon potentiel (désert aux paysages spectaculaires, réseau dense de villes de l'Antiquité bien conservées, côte se prêtant au tourisme balnéaire), le tourisme est peu développé (environ 300 000 touristes en 2003 selon les statistiques officielles) car il manque des infrastructures d'accueil et de sociétés dédiées à cette activité.

La Libye dispose d'un réseau de routes asphaltées de 47 900 km et de deux aéroports internationaux à Benghazi et Tripoli. Il existe des plans pour relier par chemin de fer en voie normale les principales villes côtières de la Tripolitaine mais en 2011 la Libye ne dispose d'aucune infrastructure ferroviaire. Des ports sont implantés à Al Khums, Benghazi, Darnah, Marsa al Burayquan, Misratah, Ras Lanuf, Tobrouk, Tripoli et Zuwarah. Le pays dispose d'un réseau de 4 983 km de pipelines pour le transport de pétrole brut, de 443 km pour les produits pétroliers raffinés et de 1 947 km pour le gaz.

L'économie de la Libye sous Kadhafi

Mouammar Kadhafi prend le pouvoir le 1er septembre 1969, abolissant la monarchie et proclamant la République arabe libyenne. Le nouveau dirigeant mène rapidement une politique volontariste en matière pétrolière, relevant les royalties et la fiscalité : les revenus du pétrole sont multipliés par huit entre 1969 et 1974. À l'occasion du premier choc pétrolier, le gouvernement prend le contrôle des compagnies pétrolières ; les majors sont, en novembre 1973 et contre de solides concessions financières, prises sous contrôle à concurrence de 51 %. La National Oil Corporation est créée en 1970, afin de coordonner l'industrie pétrolière tout en étant habilitée à signer des contrats avec des compagnies internationales, ces dernières supportant les risques de l'exploration. L'envolée du prix du pétrole provoque une montée en flèche des rentrées de la rente pétrolière. La rente pétrolière permet à Kadhafi de financer des plans d'équipement de grande ampleur, développant notamment le réseau routier du pays; elle finance également des politiques sociales généreuses - le salaire minimum est ainsi doublé - qui, dans les premières années, génèrent un certain consensus autour du nouveau régime. Le volontarisme économique de Kadhafi se traduit également sur le plan agricole : les propriétaires terriens italiens sont ainsi expulsés, et leurs biens confisqués en 1970. La livre libyenne est remplacée en 1971 par une nouvelle monnaie, le dinar libyen.
En 1969, l'industrie libyenne est encore embryonnaire, et concentrée sur l'agriculture (avec la conserverie et la minoterie), le ciment et la peinture. Kadhafi s'emploie à développer l'infrastructure industrielle et énergétique, notamment dans les domaines de la pétrochimie (raffinerie, fibres synthétiques et caoutchouc), de la transformation métallurgique (tuyaux, écrous) et du textile (tissage, teinture, prêt-à-porter). Mais globalement, les performances industrielles libyennes demeurent assez médiocres, et ne parviennent pas à résoudre le problème de la dépendance au pétrole.

La Libye dispose d'énormes réserves d'eau fossile souterraine stockées dans une série d'aquifères situés dans les régions centrales et méridionales du pays. Pour remédier aux limites structurelles de l'agriculture libyenne, le gouvernement finance, grâce aux revenus pétrolier et aux ressources en eau fossile, des créations d'oasis : des superficies de terre circulaires, irriguées en eau, sont mises en culture par des sociétés étrangères, avec des résultats satisfaisants. La recherche de l'autosuffisance alimentaire conduit également à la construction, à partir de 1988, d'un gigantesque aqueduc de 4 mètres de diamètres, la Grande Rivière Artificielle, destiné à combler le déficit en eau des régions habitées et des zones agricoles. La Grande Rivière relie les gisements d'eau profonde de la région de Taberzo (sud de la Cyrénaïque) aux rives de Benghazi et du Golfe de Syrte : le projet, réalisé par un consortium sud-coréen avec l'aide technique de bureaux canadiens et américains, voit son troisième tronçon achevé en 200016.
Dans les premières années de la République arabe libyenne, le gouvernement de Kadhafi se distingue surtout par des nationalisations : à partir de 1977, le régime s'engage dans un changement radical en prenant le nom officiel de Jamahiriya arabe libyenne et en adoptant officiellement un mode de gouvernement fondé sur la «démocratie directe».

L'idéologie personnelle de Kadhafi, la « troisième théorie universelle », est dès lors appliquée progressivement au domaine économique.
Le régime s'applique à mettre en œuvre une « redistribution interne de la richesse ». Le salariat est supprimé, sous la bannière du slogan « Associés, pas salariés » :  Kadhafi suit dans le domaine économique la même logique de suppression officielle des « intermédiaires » que dans le domaine politique. La maison doit revenir « à celui qui l'habite », la terre « à celui qui la travaille », les entreprises industrielles à l'État ou « à ceux qui y travaillent ». Le secteur immobilier est partiellement nationalisé. Un programme de confiscation des propriétés supérieures à 10 hectares est progressivement mis en œuvre. Tout au long de l'année 1978, des comités élus prennent le contrôle des entreprises privées. En décembre, l'abolition du petit commerce est annoncée : à partir de 1981, les centaines de boutiques du bazar de Tripoli sont remplacées par des « marchés jamahiriyens », soit de vastes unités publiques de distribution construites sur le modèle de la consommation de masse. Les professions libérales, jugées incompatibles avec le nouveau système économique, doivent se reconvertir. En 1985, Kadhafi annonce comme précepte la rotation des professions, tous les Libyens devant échanger leurs situations : les ouvriers sont censés devenir soldats, les soldats ouvriers, les étudiants employés et les employés ouvriers. Les conseils de prudence contre le gaspillage alternent avec des initiatives dont la logique échappe à la majeure partie de la population.
Les positions radicales du régime sur le plan de la politique internationale ne se traduisent pas forcément par une rupture des relations économiques avec les États antagonistes : malgré les relations exécrables entre la Libye et les États-Unis, des compagnies pétrolières à participation américaine demeurent actives en Libye au début des années 198018. Malgré l'épisode de l'expulsion des anciens colons en 1970, la Libye maintient des liens commerciaux forts avec l'Italie, qui demeure son principal partenaire, y compris au plus fort de l'isolement international du régime de Kadhafi.

L'interventionnisme du régime contribue dans les années 1980 à mettre un terme au relatif état de grâce dont, grâce à sa rente pétrolière, il jouissait jusque-là au sein de la population : la suppression du petit commerce, mesure très impopulaire, coïncide avec l'effondrement des recettes pétrolières et les premiers plans d'austérité. La population libyenne, après des années de prospérité, découvre des situations de pénurie dans la décennie 1980. Entre 1980 et 1982, les recettes sont quasiment divisées par deux, puis sont à nouveau réduites de moitié du fait de la chute du cours du dollar américain en 1985 et 1986 ; l'embargo économique imposé par les États-Unis aggrave encore la situation. Au moment de la chute des cours du pétrole, le gouvernement réalise sa dépendance vis-à-vis des travailleurs étrangers et tente de limiter les entrées de migrants sur son territoire, sans y parvenir du fait notamment des réseaux migratoires clandestins.
La Libye continue par ailleurs sous Kadhafi d'attirer une forte immigration de travailleurs étrangers, originaires des pays arabes limitrophes, mais également d'Afrique subsaharienne. Les différentes catégories d'immigrés sont régulièrement frappées par des vagues d'expulsion, souvent liées à la situation politique du moment : en 1985, la Libye interdit aux égyptiens de travailler sur son sol en réponse à une mesure similaire prise par l'Égypte envers les Libyens ; les travailleurs tunisiens sont également expulsés - ce qui entraîne une rupture des relations diplomatiques avec la Tunisie - de même que les Maliens, Mauritaniens, Syriens et Nigériens, officiellement en raison d'une volonté d'autosuffisance. Le rôle des immigrés demeure néanmoins essentiel, notamment dans le secteur privé après la résurgence de celui-ci. Dans les années 1980, les étrangers représentent plus de la moitié de la population active en Libye.

Le 26 mars 1987, Kadhafi préconise de faire une lecture plus souple de la doctrine économique jamahiriyenne. Si le salariat demeure officiellement aboli, la main-d'œuvre peut être embauchée dans des secteurs réduits à l'inactivité par l'expulsion des travailleurs étrangers quelques années plus tôt. Le petit commerce est à nouveau autorisé, et l'artisanat encouragé. Le secteur privé peut à nouveau se développer, et Kadhafi prône une forme de privatisation des PMI au bénéfice de leurs employés. Un statut proche de celui des coopératives est progressivement étendu à l'ancien secteur public, et certaines professions libérales sont à nouveau tolérées. Si le retour à un certain libéralisme économique, notamment en matière commerciale, améliore l'image du régime, des difficultés continuent de s'accumuler dans les années 1990 : les prix des denrées alimentaires augmentent ainsi régulièrement, celui du lait augmentant de 100 % en 1990. Les fonctionnaires et les militaires, dont les salaires sont gelés, sont parfois payés avec des mois de retard. La persistance des interventions « idéologiques » de Kadhafi ne facilite pas non plus la réconciliation entre le régime et l'entreprise privée : une usine produisant du Pepsi-Cola, implantée en Libye, est ainsi brutalement fermée à la suite d'une déclaration du dirigeant, qui affirme que la boisson contient « du foie de porc ».

Au moment de la guerre du Golfe, les recettes pétrolières connaissent embellie mais à partir de 1992, la Jamahiriya arabe libyenne est soumise à un nouvel embargo économique, touchant également le pétrole, cette fois du fait de son rôle dans l'attentat de Lockerbie. En 1998, le Congrès général du peuple évalue le coût de l'embargo à 28 milliards de dollars. Les sanctions sont levées en 1999, après l'extradition des agents libyens présumés responsables de l'attentat : la période d'embargo a entretemps contribué à accentuer le caractère patrimonial et rentier de l'État libyen. Les inégalités sociales s'accroissent alors que des « nouveaux riches » issus des cercles du pouvoir prospèrent grâce au marché noir et à l’import-export.
Après la fin de l'embargo et la levée définitive des sanctions de la part du Conseil de sécurité des Nations unies, la Libye se réinsère dans le commerce international; grâce à un prix du pétrole élevé et à la richesse de ses réserves, les exportations d’hydrocarbures permettent à l’économie libyenne de progresser très vite. Excepté l'épisode la crise de 2009, la Libye connaît une croissance élevée. Le pays bénéficie d'une croissance de 5 % en 2003 et 2007; en 2010, la croissance dépasse 10 % et le PIB par habitant augmente de 8,5 %.
En 18 novembre 2008, le directeur du FMI, Dominique Strauss-Kahn, qui avait rencontré Mouammar Kadhafi, conclut : « les entretiens que nous avons eu ont témoigné de notre unité de vues sur les réalisations de la Libye et sur les principaux défis auxquels elle est confrontée. Les réformes ambitieuses des dernières années ont produit une croissance forte (…) Le défi principal est de maintenir le rythme des réformes en cours visant entre autres à réduire la taille de l'État. ».
Malgré des chiffres en apparence satisfaisants, l'économie libyenne continue de souffrir de maux structurels à la fin de l'ère Kadhafi : au classement de Transparency International sur la corruption, la Libye est classée 146ème sur 180, loin derrière la Tunisie et l'Égypte ; le salaire moyen est de 200 dollars par mois contre 350 pour la Tunisie et le taux de chômage atteint 30 % à la fin des années 2000, soit le plus élevé des pays d'Afrique du Nord.
Le 15 février 2011, le jour même où commencent les premières protestations qui débouchent sur la révolte ouverte contre le régime, puis sur la guerre civile, un rapport du FMI loue la bonne gestion par le colonel Kadhafi et l'encourage à « continuer d'améliorer l'économie », mentionnant son « ambitieux agenda de réformes »
Au moment de l'insurrection armée contre Kadhafi en 2011, un « embargo de fait » s'installe sur le pétrole libyen. Le Conseil de l'Union européenne instaure des sanctions renforcées contre le régime de Kadhafi, qui concernent cinq entités financières dont la banque centrale et un fonds souverain. Les forces du Conseil national de transition, ayant pris le contrôle de terminaux pétroliers, les rebelles reprennent les exportations de pétrole en avril 2011, afin de financer leur combat contre les kadhafistes. En septembre 2011, après la chute de la capitale, l'ONU lève partiellement le gel des avoirs libyens et l'Union européenne lève les sanctions contre les entreprises libyennes.
Le Conseil national de transition entame la reconstruction économique du pays, déplorant la désorganisation de l'économie libyenne : le secteur privé demeure très faible, les infrastructures sont insuffisantes notamment dans les transports, et de nombreux domaines d'activités peu développés, surtout dans le tertiaire. Les nouvelles autorités libyennes ont en chantier la reprise des exportations de pétrole, mais aussi la diversification de l'économie. La banque centrale découvre par ailleurs dans ses coffres 23 miliards de dollars (28 milliards de dinars) d'avoirs, non dépensés par l'ancien régime, et probablement thésaurisés, qui sont mis à contribution pour la remise sur pied de l'économie libyenne. La Libye devient, dans le cadre de sa reconstruction, un terrain de compétition pour les entreprises occidentales en quête de contrats avec les nouvelles autorités. Le CNT annonce pour sa part qu'aucun nouveau contrat pétrolier ne sera signé tant qu'un nouveau gouvernement ne sera pas formé à l'issue d'élections

(source : Wikipedia)