Les royaumes du Ghana : S'il a
donné son nom à l'État
actuel, l'ancien Empire du Ghana était
en réalité situé plus
au nord, dans les régions sahéliennes
du Sénégal, de la Mauritanie
et du Mali. Les États les plus anciens,
sur le territoire ghanéen, furent
les royaumes Fagomba et Mamprusi, dans le
nord, prospères aux XIIème
et XIIIème siècles. C'est
vers cette époque que des immigrants
de langue Akan, dont les Achanti et les
Fanti, quittent la savane et viennent établir
leur suprématie au sud de la ligne
des forêts, formant une série
de petits États.
- Au début du XVème siècle
: Ces royaumes exercent un commerce
actif avec les peuples subsahariens vivant
plus au nord.
- Seconde moitié du XVème
siècle : La cité de Begho
connaît un important développement
grâce au commerce de l'or.
Les premiers Européens à pénétrer
dans la région sont des explorateurs
portugais, qui donnent à cette région
le nom de Côte-de-l'Or (Gold Coast),
tant ils sont impressionnés par les
parures que portent les souverains et dignitaires
Achanti.
- 1482 : Les Européens créent
un premier comptoir commercial à
Sao Jorge da Mina, sur le site de l'actuelle
ElMina. La région devint le premier
fournisseur d'or de l'Europe avant la découverte
des riches ressources de l'Amérique
latine. Mais l'or ne se trouve pas dans
les quantités espérées,
les souverains Achanti lui accordant moins
une valeur marchande qu'une signification
symbolique. Le commerce des esclaves est
une plus grande source de profits pour les
marchands européens. La traite des
Noirs, pratiquées dès le XVIème
siècle, éveille l'intérêt
de plusieurs pays européens.
- Début du XVIIIème siècle
: Plus de trente comptoirs ont été
édifiés par les Européens,
les Anglais, les Hollandais, les Danois,
etc.
- Dès 1642 : Les Hollandais
ont chassé les Portugais. Le commerce
européen favorise la domination des
Achanti qui, peu à peu, se sont déplacés
pour s'établir à la jonction
des routes commerciales, autour de Koumassi.
Ils deviennent les maîtres du commerce
avec le Sud comme avec le Nord.
- Milieu du XVIIIème siècle
: Le royaume Achanti exerce une hégémonie
incontestée sur les peuples voisins,
qui payent leur tribut en esclaves.
La domination britannique La rivalité
entre puissances européennes pour
le contrôle du commerce de l'or et
d'esclaves se conclut en faveur des Britanniques,
qui évincent progressivement leurs
concurrents.
- 1807 : La traite des esclaves est
abolie par le Parlement de Londres.
- 1850 : La Couronne britannique
fait l'acquisition des forts danois.
- 1871 : Les établissements
hollandais sont également transférés
à la Grande-Bretagne.
- 1874 : La région côtière,
totalement contrôlée par les
Britanniques, est alors décrétée
colonie de la Couronne.
Les Achanti, cependant, avec une progression
constante vers la région côtière
habitée par les Fanti, constituent
une menace pour les forts britanniques.
Durant tout le XIXème siècle,
les Achantis opposent une résistance
farouche à la colonisation britannique.
- 1901 : Les frontières de
la colonie sont fixées, le territoire
Achanti ainsi que le nord du pays sont soumis
et annexés à la colonie.
- 1922 : Une partie du Togo allemand,
peuplée par les Éwé,
est ajoutée à la colonie britannique.
La Gold Coast fait l'objet d'une politique
de valorisation économique constante.
Politiquement, les Britanniques appliquent
deux régimes différents. Tandis
que la plupart du territoire est placée
sous administration directe, le territoire
Achanti et le Nord bénéficient
d'une administration indirecte.
- 1925 : Sont organisées les
premières élections en vue
d'instaurer un conseil législatif
des chefs. La vie politique ne se développe
cependant qu'après la Seconde Guerre
mondiale. Les Britanniques, confrontés
à une agitation nationaliste incessante,
adoptent des mesures favorisant l'autonomie
interne, préalable à l'établissement
progressif d'un État indépendant.
- 1951: Des élections législatives
voient la victoire du parti de la Convention
du peuple (Convention People's Party, CPP),
fondé en 1949 par le docteur Kwame
Nkrumah. Ce dernier, qui a été
formé en Grande-Bretagne et aux États-Unis,
prend la tête du gouvernement local.
Il collabore avec les autorités britanniques
pour préparer l'indépendance.
- Janvier 1957 : Proclamation de
l'indépendance.
- 6 mars 1957 : Le nouvel État
prend le nom de Ghana. Nkrumah entend ainsi
rappeler le passé glorieux de l'Afrique
Noire. Le Ghana entra dans les jours suivants
aux Nations unies.
Les années Nkrumah
- 1er juillet 1960 : La République
est proclamée. Nkrumah est élu
président. Dirigeant charismatique
du premier pays d'Afrique noire indépendant,
il se fait le porte-parole du panafricanisme,
seul capable, selon lui, d'éviter
l'éclatement de pays artificiellement
créés par la colonisation.
Il ne parvient cependant pas à faire
valoir ses thèses: l'union qu'il
tente d'opérer entre le Ghana, la
Guinée et le Mali est un échec.
Figure du mouvement des non-alignés,
il applique sur le plan économique
une politique socialisante calquée
sur la planification des États du
bloc communiste. Elle conduit le pays à
la faillite. Gardant un prestige certain
à l'extérieur, Nkrumah est
de plus en plus contesté pour sa
gestion et ses méthodes autoritaires
dans son pays. L'opposition est sévèrement
bridée, ses principaux dirigeants
sont emprisonnés sans jugement.
- 1961 et 1962 : Le gouvernement
décrète l'état d'urgence.
- Fin 1963 : Nkrumah commence à
limiter le pouvoir judiciaire.
- 1964 : Un régime à
parti unique est instauré.
L'après Nkrumah
- 24 février 1966 : Nkrumah,
qui se trouve en visite officielle en Chine,
est chassé du pouvoir par un coup
d'État militaire. Il trouve refuge
en Guinée, mais ses partisans ghanéens
sont arrêtés et les techniciens
soviétiques et chinois qu'il a fait
venir sont expulsés du pays. Les
trois années suivantes, le Ghana
est dirigé par un Conseil de libération
national.
- 1969 : Le pouvoir est transféré,
en vertu d'une nouvelle Constitution, à
un gouvernement civil dirigé par
Kofi Busia.
- 1972 : Kofi Busia est renversé
par un nouveau coup d'État militaire
mené par le colonel Ignatius Acheampong.
Il suspend la Constitution, interdit toute
activité politique et limite la liberté
de la presse et les activités syndicales.
- 1974 : Allégement du contrôle
militaire et création d'un conseil
consultatif civil des affaires politiques,
ainsi que d'un conseil de planification
économique.
- 1978 : Acheampong est contraint
de démissionner et de laisser la
place au général Frederick
Akuffo, qui demeure en fonction moins d'un
an.
- 1979 : Un jeune lieutenant de l'aviation,
Jerry Rawlings, prend le pouvoir. Acheampong
et Akuffo, ainsi que plusieurs autres militaires
de grade élevé sont accusés
de corruption et exécutés.
- Septembre 1979 : Rawlings se retire
en faveur d'un président civil élu,
Hilla Limann.
- 31 décembre 1981 : La situation
économique ne cessant de se dégrader,
Rawlings reprend le pouvoir par un coup
de force.
Gouvernant en tant que chef du Conseil provisoire
de défense nationale, Rawlings impose
un plan d'austérité qui contribue
à maîtriser l'inflation et
à rallier les bailleurs de fonds
occidentaux, ainsi que le FMI et la Banque
mondiale. La production agricole s'améliore
et Rawlings parvient à faire rééchelonner
les dettes les plus pressantes.
- Décennie 1980 : Malgré
sa popularité, le régime de
Rawlings doit affronter plusieurs tentatives
de coup d'État.
- Avril 1992 : Après onze
années de gouvernement autoritaire,
une Constitution, approuvée par référendum,
ouvre la voie au multipartisme. Rawlings,
qui se présente en tant que civil,
est élu président lors d'un
scrutin pluraliste, en novembre de cette
même année. Les élections
législatives du mois suivant, boycottées
par les quatre principaux partis d'opposition,
assurent au parti présidentiel, le
Congrès démocratique national,
une majorité écrasante.
- Juin 1994 : Des contestations de
territoires dans le nord du Ghana dégénèrent
en violences ethniques opposant sept communautés
différentes. L'état d'urgence
est déclaré temporairement
et un accord de paix est négocié
entre les participants.
- 1995 : L'année est marquée
par de violentes manifestations contre l'augmentation
du coût de la vie. Elles sont durement
réprimées par un régime
qui démontre les limites de la démocratisation
amorcée.
- Décembre 1996 : Lors des
élections générales,
Rawlings est réélu à
la présidence de la République
et son parti, le Congrès démocratique
national, remporte la majorité absolue
des sièges à l'Assemblée
nationale. Ces élections, les premières
au cours desquelles les Ghanéens
peuvent se prononcer sur la politique d'un
gouvernement parvenu au terme de son mandat,
sont jugées libres et équitables
par les observateurs internationaux, et
marquent un pas vers la démocratie
dans le pays.
Si les années 1993-1998 ont été
des années de croissance, le miracle
ghanéen est demeuré fragile
et le pays reste assisté. L'État
a privatisé les mines d'or et laissé
surexploiter la forêt pour assumer
le remboursement de la dette et les dépenses
courantes. La baisse des eaux en amont d'Akosombo
a entraîné une grave pénurie
d'énergie affectant également
l'exportation vers le Ghana. La stabilité
politique et la personnalité de Jerry
John Rawlins ("JJ") ainsi que
l'élection du Ghanéen Kofi
Annan comme secrétaire général
des Nations unies ont contribué à
offrir du Ghana une bonne image à
l'étranger. Par ailleurs, la disparition
du roi des Ashanti Opoku Ware II en mars
1999 a montré l'importance que tiennent
encore en Afrique les chefs traditionnels
dans la vie sociale et politique.