Histoire de l'Ethiopie

L'Éthiopie est considérée comme l'un des berceaux de l'humanité. C'est en effet dans la vallée de l'Aouach que l'un des plus anciens hominidés, Lucy, âgé d'environ 3 millions d'années, fut découvert. 

- Premier millénaire avant J.-C. : Des immigrants arabes du royaume de Saba traversent la mer Rouge et se mêlent avec les populations chamitiques des hauts plateaux du Tigré. Le métissage entre les deux peuples constitue la base de la population chamito-sémitique actuelle. 
- 325 : Fondation du royaume d'Aksoum qui est gouverné par la dynastie salomonide, dont les représentants affirment descendre du roi Salomon et de la reine de Saba.
- IVème siècle : Conversion d'Aksoum au christianisme. Le royaume prospère pendant plusieurs siècles. 
- A partir du VIIème siècle : Le royaume chrétien d'Aksoum, isolé par l'expansion de l'islam, décline, et les salomonides en perdent peu à peu le contrôle.
Premières années du Xème siècle : les salomonides sont renversés et remplacés par la dynastie Zagoué, issue d'une région du plateau central.
- Seconde moitié du XIIIème siècle : Les salomonides parviennent graduellement à rétablir leur autorité sur une grande partie de l'Éthiopie, mais les musulmans gardent le contrôle de la zone côtière et du Sud-est.
- XVème siècle : Sous le règne de Zara Yacoub, l'administration de l'Église d'Éthiopie, divisée en plusieurs factions, est réformée et les doctrines religieuses codifiées. C'est vers cette époque que naît un système politique qui durera jusqu'au milieu du XXème siècle, caractérisé par une monarchie absolue avec, à sa tête, un roi qui se proclame empereur "négus". 

L'influence européenne

- 1527 : Lorsque des musulmans venus d'Harar envahissent l'Éthiopie, le négus demande l'aide des Portugais.
- 1542 : Les musulmans sont vaincus. L'appel du négus est suivi de tentatives de catholicisation de l'Éthiopie par les missionnaires jésuites: elles provoquent des troubles politiques et sociaux chez les coptes pour lesquels la foi monophysite est indissociable de l'identité éthiopienne. 
- XVIIème siècle : Renaissance artistique de la culture éthiopienne, qui se trouve exposée aux influences de l'Europe occidentale et du monde musulman, notamment sous le règne de Yasous (1682-1706). A la mort de ce dernier, l'Éthiopie connaît une longue période de confusion dynastique et de déclin, durant laquelle le pays se morcelle. La seule force d'unification durant cette période est l'Église d'Éthiopie.
- Décennie 1870 : Le principal ennemi extérieur de l'empire est l'Égypte.
- 1875 : le khédive Ismaïl Pacha étend la protection égyptienne au souverain musulman de Harar et lance une attaque contre l'Éthiopie. Le négus Ménélik II, qui établit sa capitale à Addis-Abeba, restaure la grandeur des salomonides en réunifiant le royaume éthiopien. 
- 1869 : Avec l'ouverture du canal de Suez, la côte de la mer Rouge est livrée à la convoitise des puissances européennes, l'Italie, la France et la Grande-Bretagne, soucieuses de contrôler le bon passage de leurs navires.
- 1872 : L'Italie s'empare du port d'Assab.
- 1885 : L'Italie s'empare du port de Massaoua.
- 1889 : Ménélik II signe avec les Italiens le traité d'Ucciali, en théorie un traité d'amitié et de coopération, mais dont la version italienne diffère de la version amharique. Les Italiens revendiquent ainsi le protectorat sur tout le territoire éthiopien.
- 1895 : La guerre éclate entre les deux pays et les forces italiennes sont vaincues à Adoua l'année suivante. L'Italie doit reconnaître l'indépendance de l'Éthiopie et les frontières telles qu'elles résultent de l'expansion de Ménélik - elles correspondent aux frontières actuelles.

Le régime de Haïlé Sélassié

Le successeur de Ménélik, Tafari Makonnen, est désigné comme héritier et lui succède sur le trône sous le nom d'Haïlé Sélassié 1er.
- 1931 : Il dote l'Éthiopie de sa première Constitution. L'arrivée au pouvoir, à Rome, de Benito Mussolini, réveille les ambitions italiennes.
- Octobre 1935 : Les troupes du Duce envahissent l'Éthiopie. Malgré les protestations de la Société des Nations (SDN), Addis-Abeba tombe aux mains des envahisseurs.
- Mai 1936 : Mussolini proclame empereur d'Éthiopie le roi d'Italie, Victor Emmanuel III. Haïlé Sélassié doit fuir le pays.
- 1941 : Haïlé Sélassié retrouve son trône avec l'aide des Britanniques. 
- Fin de la Seconde Guerre mondiale : Les Nations Unies prennent en charge le dossier des anciennes colonies italiennes.
- 1952 : Les Nations Unies optent pour la fédération de l'Érythrée et de l'Éthiopie.
- 1962 : Haïlé Sélassié met un terme à l'autonomie de l'Érythrée qui devient une province éthiopienne. Il s'ensuit la création d'un mouvement de résistance national, le Front de libération érythréenne (FLE), qui participe au renversement du régime éthiopien, trente ans plus tard, et obtenir l'indépendance de l'Érythrée.
- Années 1960 : Haïlé Sélassié qui règne autoritairement malgré quelques timides efforts de libéralisation, s'intéresse de plus en plus aux affaires étrangères.
- 1963 : Il joue un rôle de premier plan dans la formation de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA), dont le secrétariat est établi à Addis-Abeba. Cependant, cette décennie marque aussi le début des conflits avec laSomalie autour de la province de l'Ogaden, et avec le Soudan, accusé par l'Éthiopie de soutenir le mouvement des indépendantistes érythréens. Néanmoins, Haïlé Sélassié néglige les problèmes intérieurs de l'Éthiopie : inégalités, sous-développement, famines.
- 1974 : Renversement d'Haïlé Sélassié.

Le régime de Mengistu

- Février 1974 : Importantes manifestations.
Septembre 1974 : Destitution d'Haïlé Sélassié puis constitution d'une junte militaire, le "Derg", dont les premières mesures sont la nationalisation de l'économie et l'abolition de la monarchie.
- 1975 : Le lieutenant-colonel Mengistu Haïlé Mariam s'affirme comme la principale figure politique du pays.
- 1977 : La province de l'Ogaden fait sécession. Le conflit s'internationalise avec le soutien apporté par la Somalie aux rebelles et l'appui accordé par Cuba et l'URSS au gouvernement éthiopien. Le régime est, dans le même temps, engagé dans des opérations militaires en Érythrée, au Tigré et dans le pays oromo, au sud-ouest.
- 1984-1985 : Une terrible famine ravagea le nord-ouest du pays.

Une nouvelle ère

Début des années 1990 : L'effondrement du bloc soviétique et, par voie de conséquence, la fin de l'aide en provenance des pays de l'Est affaiblissent considérablement le régime de Mengistu.
- 1990 : Deux mouvements rebelles alliés, le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (FDRPÉ, ancien Front de libération du peuple du Tigré, restructuré et rebaptisé), et le Front de libération du peuple érythréen, FLPÉ, séparatiste, prennent le contrôle des provinces du Nord. Le FDRPÉ entre dans Addis-Abeba sans rencontrer d'opposition et installe un gouvernement national intérimaire. Sous la présidence de Meles Zenawi, le nouveau gouvernement doit entreprendre la lourde tâche de reconstruire la nation. De son côté, le FLPÉ établit un gouvernement provisoire en Érythrée, que le nouveau gouvernement éthiopien a reconnue comme indépendante. La guérilla se poursuit cependant dans le pays oromo et l'Ogaden. 
Depuis la chute de la dictature, la nouvelle Éthiopie essaie d'exorciser son passé. L'extradition de Mengistu, réfugié au Zimbabwe, a été refusée par le gouvernement de Robert Mugabe. 
- 1995 : Plus de 1 800 procès contre des responsables d'assassinats politiques (vraisemblablement entre 20 000 et 30 000 de 1974 à 1991) sont en cours. Sur le plan régional, les relations se sont tendues avec le Soudan, les forces sudistes bénéficiant de la bienveillance tacite de l'armée éthiopienne. Les relations avec Djibouti sont normalisées, ce qui prive les opposants afars au régime djiboutien d'un sanctuaire.
- Avril 1995 : Un accord est signé avec l'Érythrée, faisant des deux pays une zone de libre-échange. L'économie se porte mieux, les recettes de l'État sont toujours tributaires du café (50 %).
- 1997 : Les récoltes de tef (une variété de mil, base de l'alimentation) sont excellentes.
- Mai-juin 1998 : Un conflit armé, déclenché notamment par la création d'une nouvelle monnaie érythréenne, éclate entre les deux pays à l'initiative de l'Érythrée. Opposé à l'Éthiopie, l'Érythrée occupe des territoires éthiopiens qu'elle revendique sur la base de frontières délimitées à l'époque coloniale. L'Érythrée doit se retirer de la région de Badmé où l'Éthiopie remporte une victoire militaire. Les diverses tentatives de médiation échouent, et les belligérants tentent d'impliquer les clans somaliens, eux-mêmes en conflit, dans leurs querelles. Cependant les deux pays tentent de s'accorder sur un nouveau plan de paix proposé par l'Organisation de l'Union Africaine (OUA). 
- 16 Juin 2000 : Les combats entre l'Erythrée et l'Ethiopie ont totalement cessé quand le secrétaire général de l'OUA, Salim Ahmed Salim, quitte Addis Abeba pour Alger, où il doit assister à la signature de l'accord de cessation des hostilités. L'accord prévoit le déploiement d'une mission de paix des Nations Unies, sous l'égide de l'OUA sur une "zone de sécurité", située à 25 km à l'intérieur du territoire érythréen. Après Alger, une nouvelle phase de négociations s'ouvrira pour régler le principal contentieux entre les deux États : la délimitation de leur frontière commune. La paix revenu, la situation des personnes déplacées pendant le conflit reste dramatique, surtout dans l'ouest de l'Erythrée.
Le gouvernement central est également confronté à deux rébellions armées, le Front de libération Oromo (FLO) et le Front national de libération de l'Ogaden (FNLO). Ce dernier est d'ailleurs soutenu par l'Union des tribunaux islamiques, un mouvement actif en Somalie où l'Éthiopie est intervenue, en soutien au gouvernement officiel de Mogadiscio, de 2006 à 2009.
En 2005, les élections générales ont vu la montée des partis politiques de l'opposition qui ont remporté de nombreux sièges au parlement national et aux conseils régionaux. Ceux-ci ont toutefois contesté les résultats qui ont permis au FDRPE de se maintenir au pouvoir, des manifestations violentes ont éclaté à Addis Abeba et plusieurs opposants ont été arrêtés.
Si les élections générales de 2010 ont suscité une même passion avec un taux de participation de 90 %, les résultats n'ont pas confirmé la tendance de 2005. Au contraire, le FDRPE et ses alliés ont remporté la quasi-totalité des sièges de la chambre basse tandis que l'opposition ne s'est imposé que dans deux circonscriptions. Cette écrasante victoire à 99 %, contestée par les opposants, renforce la présence du parti de Meles Zenawi dans toute l'Éthiopie.
Enfin, ces élections se distinguent des précédentes par le calme et le climat serein dans lequel le processus s'est déroulé.