Histoire du Cameroun

HISTOIRE DU CAMEROUN

Le nom de Cameroun vient du portugais Rios dos Camaroes signifiant «rivière aux crevettes» en raison de l’abondance de ces crustacées dans l'estuaire du Wouri, qui a valu à ce fleuve cette appellation.
Le mot Camaroes aurait ensuite évolué en Camarones en portugais, puis Kamerun sous la colonisation allemande, enfin en Cameroon (en anglais) et Cameroun (en français). 

  • Des peuples bantous se seraient installés dans l'ouest du territoire de l'actuel Cameroun dès le Ier millénaire avant notre ère : les Tikars, les Bamouns et les Bamilékés.
  • Le premier État connu dans la région semble avoir été est celui du Kanem, qui se développa autour du lac Tchad à partir du IXe siècle. 
  • Le Kanem devint musulman au XIe siècle et atteignit son apogée à la fin du XVIe et au XVIIe siècle; il imposa sa souveraineté à la majeure partie du territoire camerounais. Cependant, il se heurta à la résistance des peuples et des petits royaumes camerounais, notamment les royaumes des Kotoko et des Mandara. 
  • Les côtes camerounaises furent explorées en 1471 par le Portugais Fernando Póo. C'est lui qui baptisa l'estuaire du Wouri le Rio dos Camarões («rivière des crevettes») qui, par déformation, donna naissance au mot Cameroun
  • Les Européens, qui faisaient du commerce avec les populations locales pour se procurer de l'ivoire, des bois précieux et des esclaves, ne créèrent des établissements commerciaux qu'au XVIIe siècle. Le commerce fut d'abord contrôlé par les Hollandais, puis il devint essentiellement britannique jusqu'à l'arrivée de négociants allemands à partir de 1868. 
  • Au XVIIe siècle, les Doualas étaient alors bien établis sur le littoral; au nord, les pasteurs peuls constituaient à cette époque des chefferies indépendantes, après avoir refoulé les Kirdi et les Massa.
  • À partir de 1845, des missionnaires de la Baptist Missionary Society de Londres s'Installèrent sur le littoral camerounais. Ils y exercèrent des activités d'évangélisation et utilisèrent le douala comme langue véhiculaire. Sous l'initiative d'Alfred Saker, les missionnaires entreprirent la traduction de la Bible en douala et normalisèrent son orthographe. Cette oeuvre, certainement remarquable, marqua le début de la formation et de l'éducation dans une langue camerounaise et influencera la démarche des autres missionnaires de l'époque coloniale. Le douala devint une langue de travail, à l'exclusion des autres langues camerounaises. En même temps, naissait une autre langue sur la côte camerounaise: le pidgin English, qui s'était structuré sur une base d'anglais. Graduellement, les négociations et les transactions commerciales se firent en pidgin English. Même les pétitions officielles auprès de la Grande-Bretagne ou de l'Allemagne furent rédigées en pidgin English. 

La colonisation allemande

En 1884, un ancien consul d'Allemagne à Tunis, Gustav Nachtigal, explora la région et signa à la demande du chancelier Otto von Bismark des traités avec les souverains doualas de la côte camerounaise: l'Allemagne établit ainsi son protectorat allemand, un Schutzgebiet, sur le Kamerun (nom qui ne désignait que la région de Douala). Dès lors, la ville de Douala fut baptisée Kamerun-Stadt. Les Allemands entreprirent ensuite la colonisation du pays, mais la brutalité de leurs méthodes suscita une vive résistance des populations locales.  L'implantation de l'administration allemande entraîna le départ de la Baptist Missionary Society au profit de la «mission de Bâle», de confession protestante, qui allait prendre la relève et poursuivre l'oeuvre d'évangélisation chrétienne. Même si les Allemands ne souhaitaient pas vraiment l'expulsion des baptistes anglais, ceux-ci préférèrent ouvrir d'autres missions au Congo et ne pouvaient pas assumer simultanément toutes ces responsabilités.

L'installation de la mission de Bâle fut accompagnée du premier conflit linguistique. Les Bâlois se rendirent compte que le douala était la langue véhiculaire et celle de l'Instruction dans les écoles. Toutefois, une partie du Kamerun, l'enclave de Victoria avait été évangélisée en anglais du temps de l'Empire britannique. Les Victoriens s'opposèrent vivement à l'introduction du douala dans leur ville au détriment de l'anglais. Au sein de la communauté allemande, des voix s'élevèrent contre l'usage du douala, car la marginalisation des autres langues, dont l'allemand, était à craindre. Finalement, les Bâlois décidèrent d'avoir des écoles où l'on enseignait en douala et d'autres en allemand. Les Victoriens, qui s'opposaient au douala, apprirent l'allemand plutôt que l'anglais. Mais les Allemands et les ethnies camerounaises (autres que les Doualas) se méfiaient du douala, alors que les Camerounais voulaient apprendre une langue occidentale, symbole de l'accès à la modernité. En même temps, le pidgin English poursuivait son expansion.
Puis le gouvernement de Bismarck autorisa en 1886 l'intervention de missions catholiques au Kamerun. Les missionnaires de la Societas Apostolus Catholici, plus connue sous le nom de son fondateur V. Pallotti — les «pères Pallotins» —, s'installèrent dans la colonie en 1890. Plus désireux que les Bâlois (généralement indépendants) d'entretenir de bonnes relations avec l'administration allemande, les pères Pallotins offrirent un enseignement en allemand à ceux qui le désiraient, tout en continuant à ouvrir des écoles de village non seulement en douala, mais aussi en bakweri, en éwondo, en nguma, etc., tandis que les protestants continuaient l'enseignement en douala et parfois en boulou (presbytériens américains). Mais l'enseignement catholique, plus conservateur, inculquait aux petits Camerounais les vertus de l'obéissance et du respects envers les autorités coloniales allemandes. La langue allemande commença à exercer un certain attrait auprès de la société camerounaise urbaine qui désirait pouvoir communiquer avec la puissance coloniale.  
Après avoir réussi à «pacifier» le centre du pays à partir de 1894, les Allemands atteignirent l'Adamaoua en 1899 et le lac Tchad en 1902. Un décret allemand du 1er janvier 1901 imposa l'usage du mot Kamerun pour l'ensemble du pays. En 1911, le territoire du Kamerun s'élargit d'une partie du Congo cédée par la France. Par la suite, des colons allemands créèrent diverses plantations (cacaoyers, bananiers, caféiers, hévéas, palmiers à huile, tabac, etc.); ils construisirent aussi des lignes de chemin de fer, des routes, des ponts, etc. Toutefois, les exactions de l'Administration coloniale, les expropriations massives et la soumission au travail forcé entretinrent la résistance des peuples du Kamerun, qui ne furent jamais totalement «pacifiés». 
Le gouverneur allemand von Zimmerer commença en 1891 une politique de germanisation du Kamerun afin de fournir à l'Administration des cadres autochtones parlant l'allemand. Cependant, cette politique tarda tant à être appliquée dans les écoles que finalement fort peu de Camerounais apprirent à parler l'allemand avant la Première Guerre mondiale. De fait, avant 1910, la mission de Bâle ne comptait que deux écoles moyennes germanophones, et l'allemand était enseigné comme discipline, non comme langue d'enseignement. L'arrêté du 25 avril 1910, sous l'initiative du gouverneur Th. Seitz, précisait que l'allemand devait être utilisé dans les écoles à l'exclusion de toute autre langue européenne et locale. La nouvelle politique linguistique allemande mit fin à l'enseignement de l'anglais et réduisit le rôle et l'expansion du douala. Il y eut même des tentatives pour introduire l'éwondo dans la région du littoral pour remplacer le douala; les Éwondo, massivement convertis au catholicisme, étaient très appréciés des Allemands.
Ensuite, dès le début de la Première Guerre mondiale, Français, Belges et Britanniques attaquèrent le Congo belge et le Nigeria, puis cernèrent le Kamerun en lui imposant un blocus maritime. La ville de Douala tomba en 1914, puis toute la région côtière l'année suivante; en 1916, les troupes allemandes abandonnèrent le Kamerun. Les Français et les Britanniques créèrent un «condominium» (qui ne dura que le temps de la guerre) pour administrer le territoire arraché progressivement aux Allemands. Ceux-ci ne laissèrent que peu de traces de leur langue, car ils avaient été trop détestés. 

La colonisation française

Le traité de Versailles (1919), qui fixait les conditions de la paix, entérina le partage franco-britannique du Kamerun, mais le Cameroun français ou oriental cessa en 1922 d'être une colonie française pour devenir un «territoire sous mandat de la Société des Nations» confié à la France.

Dans les faits, le Cameroun français (les quatre cinquièmes du territoire) fut administré comme une colonie française ordinaire et le Cameroun britannique ou occidental (le cinquième du territoire) fut intégré au Nigeria en tant que colonie anglaise.  Chacun des colonisateurs marqua «son» Cameroun de son empreinte en imposant soit l'anglais soit le français.
Au Cameroun britannique, l'anglais n'était en général pas beaucoup pratiqué, car les les écoles de missions préféraient les langues africaines. Cependant, les Français pratiquèrent dans l'ensemble une assimilation plus «efficace», car l'enseignement des langues africaines fut expressément interdite, contrairement au Cameroun anglais où elles furent même enseignées dans les missions chrétiennes. Les Britanniques divisèrent «leur» Cameroun en deux parties, chacune régie par une administration différente. La partie nord du Cameroun britannique, le Northern Cameroons, fut rattachée au Nigeria septentrional, alors que la partie sud, le Southern Cameroons, fut intégrée au Nigeria oriental. Le Nord était peuplé de Bamilékés musulmans, alors que le Sud était habité par les Peuls chrétiens ou animistes. Les populations du Nord choisirent de rester nigérianes, tandis que les habitants du Sud, demandèrent leur rattachement au Cameroun français.
La situation fut toute autre au Cameroun français. La France veilla à supprimer toutes les traces de la colonisation allemande pour s'attacher les populations: elle acheva la construction du chemin de fer Douala-Yaoundé, étendit le réseau routier, reprit l'exploitation des grandes plantations allemandes et favorisa l'émergence d'une classe de planteurs «indigènes».
Plusieurs décrets (1er octobre 1920, 20 décembre 1920 et 26 décembre 1924) rendirent obligatoire l'enseignement en langue française et interdirent l'utilisation des langues locales dans le système éducatif (Journal officiel de l'État du Cameroun, 1924): «La langue française est la seule en usage dans les écoles. Il est interdit aux maîtres de se servir avec leurs élèves des idiomes du pays.» On peut également rapporter cette directive de Jules Carde (1921), haut-commissaire de la République française au Cameroun, précisant à ses chefs de circonscription l'objectif de la politique linguistique de la France dans la colonie:
Il faut donc de toute nécessité que vous suiviez avec le plus grand soin le plan de campagne que je vous ai tracé, que vous coordonniez vos efforts, tous les efforts et que le défrichement méthodique et bien concerté (des autres langues) se poursuive sans hâte comme sans arrêt... (afin de concrétiser) notre volonté de donner aux populations du Cameroun la langue en quelque sorte nationale qu'elles n'ont pas et qui ne saurait être évidemment que celle du peuple à qui est dévolue la souveraineté du pays.
Sous l'administration du commissaire Carde, même les écoles privées devient obligatoirement dispenser l'Instruction en français pour être institutionnellement reconnues: «Ne peuvent être reconnues comme écoles privées que celles qui donnent exclusivement l'enseignement en langue française.» Cette politique découlait de l'application de l'arrêté du gouverneur général de l'Afrique équatoriale française, V. Augagneur, signé le 28 décembre 1920 à Brazzaville:
Aucune école ne sera autorisée si l'enseignement n'y est donné en français. L'enseignement de toute autre langue est interdite.
La politique de francisation exclusive mécontenta les missions des presbytériens américains qui durent renoncer à alphabétiser les enfants en boulou (avant de passer au français). En fait, les Américains avaient l'habitude d'enseigner en français le matin et en boulu le reste de la journée (consacrée à la Bible et à l'histoire sainte). L'introduction systématique du français dans les écoles permettait d'effacer l'influence allemande et freinait l'expansion des langues comme le douala et le pidgin English. Pour les Français, oeuvrer à la propagation du français dans les écoles correspondait à un «devoir patriotique» et à une «action civilisatrice». Ils considéraient aussi que la colonie ne pouvait fonctionner en une centaine de langues, que les langues camerounaises étaient incapables de véhiculer les concepts abstraits européens et que l'unicité linguistique allait renforcer l'unité politique de la colonie. Cette idéologie fut confirmée dans la lettre circulaire gouvernementale du 8 décembre 1921:
[...] Nulle école ne peut fonctionner si l'enseignement n'y est donné en français. Cette disposition n'a pas besoin de justification. Entre les indigènes et nous, n'existera un lien solide que par l'initiation des indigènes à notre langue. [...]
L'administration française ouvrit partout des écoles publiques n'enseignant qu'en français, ce qui occasionna aussi de nombreux conflits avec les missions chrétiennes, car les autorités religieuses interprétaient différemment les directives gouvernementales. Ainsi, cette lettre d'avertissement envoyée le 15 février 1921 par l'administrateur chef de la circonscription de Douala au directeur de la mission protestante de Douala témoigne des difficultés d'application :
Je vous rappelle qu'il ne doit, à l'heure actuelle, exister aucun enseignement de la lecture, de l'écriture, du calcul en langue indigène. Dans les centres de formation purement confessionnelle, l'enseignement doit être purement oral et doit se borner à la doctrine religieuse; la lecture d'ouvrages pieux ou de livres saints écrits en langue indigène n'y est nullement interdite[...]. Mais il ne doit exister dans un établissement tenu par un catéchiste non muni d'un certificat d'aptitude ni l'alphabet ou livre élémentaire de langue indigène, ni tableau noir, ni ardoises, ni cahiers. Dans le cas où il ne sera pas satisfait à ces conditions, j'estime qu'il est contrevenu aux dispositions de l'article 2 de l'arrêté du 1er octobre 1920. Je me vois donc dans l'obligation de proposer à M. le Commissaire de la République de prendre la mesure prévue par le paragraphe de l'article 10 du même arrêté [...].

Les autorités coloniales françaises subirent de fortes pressions afin d'assouplir leur politique linguistique et de promouvoir les langues autochtones. Les Églises catholiques et protestantes insistèrent sur la nécessité d'employer certaines langue locales  pour des raisons d'efficacité dans l'évangélisation. Puis les Nations unies exercèrent des pressions décisives en demandant à la France d'assouplir sa réglementation dans l'usage des langues dans les établissements d'enseignement. Le haut-commissaire de la République finit par concéder quelque peu l'application de la politique. En 1949, il accorda aux langues locales la possibilité d'être une discipline d'enseignement au même titre que les langues étrangères, par exemple l'anglais ou l'espagnol. Malgré tout, les Camerounais n'accordèrent pas grand intérêt à leurs langues locales et continuèrent à préférer le français. Les langues autochtones perdirent du terrain au profit du français. Aucun texte réglementaire ne fut proposé et le système d'éducation ne connut aucun changement jusqu'à l'indépendance.

Des mouvements nationalistes se développèrent à partir de 1945; ils s'appuyaient sur une élite formée dans les écoles supérieures de Dakar (Sénégal), sur une bourgeoisie terrienne et sur un prolétariat urbain qui avait déjà prouvé sa mobilisation. En 1946, le Cameroun devint un «territoire sous tutelle de l'Onu», mais le Cameroun français intégra l'Union française en tant que «territoire associé». Les nationalistes camerounais se mirent à revendiquer à la fois l'indépendance et la réunification du Cameroun.  En 1957, le Cameroun français devint partiellement autonome, puis acquit son autonomie totale en 1959. Le 1er janvier 1960, il accéda à l'indépendance.

L'indépendance

Lors du plébiscite du 11 février 1961, une partie du Cameroun britannique, le Northern Cameroon opta pour le rattachement à la fédération nigériane, tandis que le Southern Cameroons se prononça pour le rattachement au Cameroun français, formant alors la République fédérale du Cameroun. Le Cameroun français prit le français comme langue officielle; le Cameroun anglais choisit l'anglais.
Cependant, sous la présidence d'Ahmadou Ahidjo, le pouvoir central se renforça progressivement et Ahidjo imposa un régime autoritaire à parti unique. Le Sud bamiléké et chrétien fut au cœur d’une violente agitation contre le régime dominé par le président Ahmadou Ahidjo, un homme du Nord et un Peul musulman. En 1972, le président Ahidjo organisa un référendum qui abolissait le fédéralisme et constituait une république centralisée et divisée en 10 provinces administratives, au grand désespoir des anglophones (environ 20 % de la population). La République unie du Cameroun compta huit provinces de langue française et deux de langue anglaise (voir la carte). Les écoles des provinces «françaises» continuèrent d'enseigner le français, les provinces «anglaises», l'anglais. À la fin des années soixante-dix, un alphabet général des langues camerounaises fut adopté par les linguistes. 
En 1982, le président Ahidjo céda le pouvoir pour des raisons de santé à son premier ministre, Paul Biya, un chrétien du Sud d'origine béti, qui continua à régner de façon tout aussi autoritaire. En 1983, Biya a décidé de modifier au baccalauréat anglophone le GCE, le General Certificate of Education, en y incluant le français comme matière obligatoire, alors que l’anglais ne l'était pas pour le baccalauréat francophone. Cette décision présidentielle a déclenché une grève des étudiants anglophones qui brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire: «Le Cameroun dispose de deux cultures : non à l’assimilation!» Rien n'y fit!  En février 1984, le président Biya supprima par un simple règlement l’adjectif «unie» associé au nom du pays qui devint officiellement la République du Cameroun. Pour les responsables des mouvements anglophones, cette modification constitua une véritable attaque à leur égard, alors qu'ils réclamaient même la reconnaissance constitutionnelle de leur identité anglophone avec notamment le retour à la fédération. À la même époque, le gouvernement autorisa certaines écoles à enseigner des langues camerounaises titre expérimental. On comptait 11 écoles expérimentales en 1986.  
En 1990, le gouvernement refusa de légaliser un parti anglophone, le Front démocratique social (ou Social Democratic Front, le SDF), ce qui eut pour résultat de provoquer des manifestations dans le Nord-Ouest du pays. Le SDF transforma la région anglophone en véritable foyer de rébellion ouverte en organisant plusieurs confrontations avec le pouvoir, en particulier pendant l’opération «villes mortes» de 1991. Depuis cette époque, le mouvement sécessionniste anglophone, le Southern Cameroon National Council (SCNC), représentant les 6,2 millions d'habitants des deux provinces anglaises, militent pour obtenir un référendum sur la question de leur droit à l'autodétermination. Évidemment, cette démarche a débouché sur un «climat politique hostile» et «des intimidations pratiquées par le régime répressif de Yaoundé». Certains observateurs croient que ce sont les régimes répressifs d'Ahidjo et de Biya qui auraient poussé les ressortissants du Cameroun oriental dans «une logique de rupture».
Beaucoup de nationalistes anglophones estiment que l'État unitaire créé en 1972 est illégal parce qu'il aurait été en violation avec la Constitution fédérale du 1er septembre 1961. Les anglophones croient que le seul moyen approprié de réparer les torts infligés au «Cameroun anglophone» est le retour à la forme d'un gouvernement fédéral qui prenne en compte la dualité culturelle du Cameroun. Pour sa part, le Conservative Republican Party (CRP) propose une fédération de dix États calqués sur les dix provinces actuelles. Ces États devraient être officiellement unilingues (français ou anglais), le bilinguisme n'étant exigé que pour le gouvernement fédéral; il préconise également que la république du Cameroun soit rebaptisée République unie du Cameroun. Or, depuis une bonne décennie, les deux provinces anglophones sont bouclées par l'armée camerounaise, les francophones craignant que les anglophones ne «filent à l'anglaise». Plus que jamais, les anglophones de l’ancien condominium franco-anglais se considèrent comme des citoyens de seconde zone et réclament un Cameroun fédéral. Toutefois, le gouvernement de Paul Biya a préféré ignorer le problème, diviser les anglophones et accuser leur mouvement de rechercher la sécession de la région; le gouvernement prétendit que le maintien d'un État fédéral serait trop coûteux et encouragea les mouvements autonomistes sécessionnistes, assimilant fédéralisme et sécession. Évidemment, la guérilla déclenchée par les militants du SDF (Social Democratic Front) souleva beaucoup d'inquiétudes, car les drames libériens, rwandais ou somaliens sont restés encore frais dans les mémoires.
Le Cameroun est aujourd'hui un État «moyen» en Afrique et ses légères avancées en démocratie montrent qu'il y a encore  beaucoup de chemin à parcourir, et ce, d'autant plus que la corruption du pouvoir demeure une gangrène difficile à faire disparaître. Cependant, sa situation géographique au centre du continent, son bilinguisme anglais-français et son niveau de développement lui donnent un poids relativement important en Afrique.