Après la promulgation du décret du 27 avril 1848 abolissant l’esclavage dans les colonies françaises, le gouverneur Baudin essaye en 1849 de créer deux villages de liberté à Ndar Tout et à Sor, autour de Saint-Louis. En 1880, les missionnaires de la société des missions de Paris créèrent le village de Bethes ou Khor, près de Saint-Louis. Mais les villages de liberté les plus importants étaient près de Matam à Civé, à Podor et dans le Niani Ouli (Maka Kaba, Gamou, Diendé, Baby et Tambacounda). Puis d’autres petits villages existèrent un peu partout, Kaolack et Karabane pour les plus connus.
La puissance économique et militaire des maîtres étant basée sur les principes esclavagistes, la nouvelle loi ne vit une application réelle qu’au début du XXème siècle.
Plusieurs siècles de commerce atlantique avaient d’autre part, avec l’économie d’échange, favorisé le développement d’une société féodale : féodalités d’épée (dom-i-bour) et de robe (marabouts, almamy, damel, cadis) ont régné sur les paysans (badolo) jusqu’à la colonisation européenne.
Ainsi les castes et les féodalités allaient-elles constituer le tissu de la société sénégalaise.
La traite négrière.
Avec l’arrivée des Portugais en 1444 apparaît la traite des Noirs.
Outre l’esclavage domestique, les civilisations du bassin méditerranéen ont toujours eu besoin d’esclaves de traite pour construire les cités et les temples, et pour manoeuvrer les galères de commerce et de guerre. Ces esclaves étaient constitués par les prisonniers de guerre, des condamnés ou des victimes du trafic maure en Afrique noire.
1441. Le noble Maure Adahu capturé par les Portugais propose son rachat contre six esclaves noirs. L’échange eut lieu en 1443. L’Infant souhaitait obtenir des renseignements sur le pays du légendaire prêtre Jean, ce qui eût permis de prendre à revers les Maures (ce pays peut correspondre à l’Ethiopie qui était une terre chrétienne depuis la conversion d’Ezana, roi d’Axoum, au IVème siècle).
1444. Dinis Dias atteint le Sénégal et ramène à Lagos quatre captifs : c’est le début d’une traite systématique.
A la capture violente, va se substituer dès 1450 le commerce avec les Arabes et les chefs guinéens.
A la fin du XVème siècle, 800 à 1000 Noirs arrivent chaque année de l’île d’Arguin au Portugal. En 1552, les esclaves représentent 10 % de la population de Lisbonne, soit 10 000 personnes constituées de Maures, Noirs et Canariens. On compte à cette époque environ 70 marchands d’esclaves dans cette ville.
D’abord serviteurs et convertis à la chrétienté au Portugal, les victimes de la traite sont rapidement affectées aux plantations de cannes à sucre des Canaries, de Madère et des Açores. Avec l’essor des empires coloniaux outre-atlantiques, les esclaves noirs sont déportés dans d’atroces conditions en Amérique et aux Caraïbes.
En 1600, ils sont 300 000 sur le sol américain. Au XVIIème siècle, l’Afrique livre 1 million et demi d’esclaves. Ce chiffre passe à 6 millions et demi au XVIIIème siècle.
Les plus grands centres de traite se situaient sur la Côte du Vent (Gambie, Guinée), sur la Côte des Graines (Sierra Leone, Liberia), la Côte d’Ivoire, la Côte de l’Or (Ghana, Togo), la Côte des Esclaves (Bénin, Nigeria, Cameroun et Gabon) et la Côte d’Angola (Congo, Angola).
Certains négriers, pour compléter leur cargaison, vont jusqu’au Mozambique, sur la côte orientale. Ainsi, pendant plus de 300 ans, le commerce triangulaire bat son plein. |