Traite
négrière et esclavage
divisent les pays européens à
Durban
Le Monde - 03.09.2001
Les
représentants
européens
présents
à Durban
à la Conférence
de l'ONU contre
le racisme ne parviennent
pas à adopter
une position commune
quant à la
question de l'esclavage.
Entre "regrets"
et "excuses",
certains hésitent
encore. En marge
des débats
sur Israël
et de la question
inhérente
au sionisme, les
participants à
la Conférence
de Durban peinent
également
à se mettre
d'accord sur la
question sensible
de l'esclavage.
Les pays européens
semblaient divisés
lundi quant à
savoir lequel des
termes "regrets"
ou "excuses"
il convenait d'employer
pour élaborer
la déclaration
finale devant être
adoptée vendredi
à la fin
de la conférence.
"Il y a une
division entre ceux
qui sont prêts
à s'excuser
et ceux qui veulent
en rester aux regrets",
a indiqué
à l'AFP une
source européenne
proche du groupe
de travail européen.Selon
cette source, "l'Allemagne
et l'Italie sont
en faveur d'"excuses",
mais pas la Grande-Bretagne,
les Pays-Bas, l'Espagne
et le Portugal.
La France hésite".Au-delà
d'un distinguo sémantique,
les Occidentaux
craignent que l'emploi
du terme "excuses"
n'ouvre la voie
à des réparations
financières
pour les dommages
causés aux
esclaves et à
leurs descendants
pendant des siècles.
Londres a défendu
lundi sa position
sur l'esclavage,
affirmant que la
Grande-Bretagne
estimait que "l'esclavage
doit être
condamné
au présent
et regretté
au passé".
"Cette position
est commune à
tous les pays de
l'Union européenne
et a été
adoptée au
conseil des ministres
européens
des affaires étrangères
en juillet",
a indiqué
un porte-parole
du Foreign Office.
"Il ne serait
pas raisonnable
que les gouvernements
(actuels) endossent
la responsabilité
des actes de gouvernements
réalisés
il y longtemps.
Ce qui est important,
c'est ce que nous
faisons aujourd'hui",
a-t-il poursuivi. Avant
la conférence,
le ministère
français
des affaires étrangères
avait indiqué
que Paris exprimait
"ses regrets"
pour le passé,
mais voulait se
tourner vers l'avenir.
Le ministre délégué
à la coopération,
Charles Josselin,
a déclaré
samedi à
Durban qu'il ne
voulait pas que
la formulation d'excuses
"augmente le
chiffre d'affaires
des cabinets d'experts
et de juristes".De
leur côté,
les pays africains
souhaitent que les
réparations
pour l'esclavage
prennent la forme
d'un "engagement
véritable"
de soutien aux nouvelles
initiatives de développement
africaines. Ils
comptent bien maintenir
leur position de
principe adoptée
avant la conférence
en demandant "des
excuses et des réparations",
a déclaré,
à l'issue
d'une réunion
des délégués
des pays africains,
Saïd Assi Djinnit,
secrétaire
général
adjoint de l'Organisation
de l'unité
africaine (OUA),
chargé de
coordonner les positions
du groupe. "Nous
avons adopté
une position commune
sur la manière
dont peuvent se
faire les réparations,
dans le cadre des
initiatives (de
développement)
prises par les pays
africains",
a expliqué
M. Djinnit. "Les
pays développés
en général,
et ceux qui ont
profité de
l'esclavage en particulier,
doivent faire preuve
d'un engagement
véritable
pour appuyer les
initiatives africaines",
a-t-il conclu. Présent
à Durban,
le révérend
Jesse Jackson, leader
noir américain
de la lutte pour
les droits civiques,
a affirmé
que l'esclavage
ne pourrait jamais
être traité
"comme s'il
n'avait jamais existé"."A
de nombreux égards,
l'Afrique a participé
au développement
de l'Amérique
et de l'Europe",
a-t-il déclaré
lundi à la
BBC, avant d'ajouter
: "Si vous
ne vous sentez pas
coupables de l'esclavage
et du colonialisme,
si vous vous en
sentez fiers, alors
dites-le (...),
mais si quelqu'un
veut sincèrement
surmonter les ravages
du passé,
ce ne doit pas être
difficile de s'excuser."