Afrique Equatoriale Française - A.E.F.

 Afrique Equatoriale Française - A.E.F.

L’Afrique-Equatoriale française (A.E.F.) : était désigné par cette expression le regroupement, au sein d’une fédération et sous la férule d’un gouvernement général, de plusieurs colonies françaises d'Afrique centrale.

Du désert du Sahara au fleuve Congo et de l'océan Atlantique aux monts du Darfour, ce vaste ensemble était formé de quatre colonies — ou régions — (Gabon, Moyen-Congo, Tchad, Oubangui-Chari), dont la superficie totale comptait 2 500 000 kilomètres carrés, soit environ cinq fois celle de la France.
Son chef-lieu, Brazzaville,  abritait la résidence du gouverneur général.

La fondation de la colonie française du Gabon — premier élément du domaine appelé à former la future Afrique-Equatoriale française — intervient dès 1842. C’est à Pierre Savorgnan de Brazza, que l’on doit  l’exploration du bassin du Congo (Gabon, Ogooué puis rive droite du Congo) et la  négociation, avec le roi des Tékés Illoy Ier, pour la création d'un établissement commercial à Nkuna, la future Brazzaville.

Jusqu'en 1883, les rares possessions françaises d'Afrique équatoriale sont placées sous l'autorité d'un commandant militaire (en charge des établissements français du golfe de Guinée), avant que leur développement ne détermine le gouvernement à réorganiser la région.

C’est un décret du ministre des Colonies qui institue en 1886 deux territoires, le Congo français et l'Oubangui, administrés chacun par un lieutenant-gouverneur sous les ordres d’un commissaire général.

Très rapidement, les ambitions coloniales de la France se heurtent à celles du sultan Rabah, un aventurier soudanais devenu le dernier « souverain » du Bornou. Une campagne militaire est engagée contre celui-ci et trois colonnes françaises (Missions Afrique centrale, Mission Gentil, Mission saharienne) placées sous l'autorité du commandant Lamy écrasent l'armée de Rabah à Kousséri (22 avril 1900).

Le Tchad devient alors un territoire militaire avant d'être réuni à la colonie d'Oubangui-Chari (rebaptisée Oubangui-Chari-Tchad) en 1910 et de former  une colonie à part entière,  dix ans plus tard. Le Tchad ne sera pourtant définitivement « pacifié » qu'en 1939.

Le régime des concessions est introduit de façon massive à partir de 1899. De vastes étendues de terre (majoritairement dans les régions fertiles du Moyen-Congo et de l'Oubangui) sont cédées à une quarantaine de sociétés privées.

665 000 kilomètres carrés de terres arables et de plantations d'hévéa (populations comprises) deviennent des zones de non-droit où sont institués impôts (capitation) et travail forcé, toute résistance étant sanctionnée par les pires actes de violence (exécutions sommaires, mauvais traitements, prises d'otages dans les familles).

Une enquête conduite par Savorgnan de Brazza lui-même confirma ces pratiques, sans qu'aucune mesure concrète pour y mettre un terme ne soit prise.

La date du 15 janvier 1910 marque la naissance de l'Afrique-Equatoriale française.

Cette même année, un décret garantit une part du produit des récoltes de caoutchouc aux travailleurs autochtones, mais il demeure théorique et inappliqué dans les faits. Il en va de même pour les droits conférés aux travailleurs, mis en échec par les mesures arbitraires prises par les grandes sociétés privées. De fait, lors d'un voyage au Congo français en 1925-1926, André Gide témoigne du régime de terreur que subissent les «indigènes» (assassinats, bastonnades, emprisonnements arbitraires) qu'il consignera dans son récit, Voyage au Congo.

En 1919, l'ancienne colonie allemande du Cameroun est placée sous protectorat français par la Société des Nations. Parfois assimilée à l'Afrique-Equatoriale française, elle jouit en fait d'un statut particulier (commissariat autonome) qui la distingue de la fédération de l’A.E.F.

En 1926, André Matswa fonde à Paris l'« Amicale des originaires de l'Afrique-Equatoriale française », au départ simple association d'entraide qui va rapidement se muer en un syndicat parfaitement organisé.

De retour à Brazzaville, Matswa supervise les actions de son mouvement, réclamant la fin de la discrimination raciale et du régime de l'indigénat, ainsi que le droit à la citoyenneté française pleine et entière pour les autochtones.

Accusé de fomenter de l'agitation, il est condamné à trois ans de prison. Parvenant à s'évader, il tente d'entrer en clandestinité mais est finalement repris et condamné à la prison à vie. Il meurt en 1942 au Tchad, et deviendra une figure charismatique — sinon mystique — de la lutte pour l'indépendance des nations africaines.

Durant la Seconde Guerre mondiale, le lieutenant-gouverneur du Tchad, Félix Éboué, est l’un des premiers à se rallier aux Forces Françaises Libres en août 1940. Relevé de ses fonctions et condamné à mort par le régime de Vichy, il est cependant nommé gouverneur général par le général de Gaulle au mois de novembre 1940.

Dans les premiers mois de l'après-guerre, c'est en Afrique-Equatoriale française que sont jetées les bases de l'Union française, discutée lors de la conférence de Brazzaville.

Sous la IVe République (1946-1958), la fédération est représentée au parlement français.

Le référendum de septembre 1958 transforme les cinq entités constituant la fédération en républiques autonomes (République congolaise ou Congo-Brazzaville, République centrafricaine, République gabonaise, République du Tchad, République du Cameroun) au sein d'une éphémère Communauté française. En 1959, les nouvelles républiques sont groupées en une association intérimaire baptisée Union des républiques de l'Afrique centrale, avant d'accéder à la pleine indépendance en 1960.

 

La majeure partie du territoire de l'Afrique-Equatoriale française s'étendait sur un plateau granitique, encadré par les massifs du Tibesti, de l’Ouadaï et du Fertit au nord-est, du Darfour à l'est et par les monts de Cristal et du Mayombe au sud-ouest. Deux cuvettes occupaient les parties centrales et méridionales du territoire : la cuvette du Tchad, ancienne mer asséchée dont subsiste encore le lac Tchad, et la cuvette du Congo, parcourue par le fleuve du même nom et ses principaux affluents (Oubangui, Sanga, Alima).

Une plaine littorale s'étendait depuis la partie continentale de la Guinée-Espagnole (aujourd'hui Guinée-Équatoriale) jusqu'au fleuve Congo, le point culminant de l'Afrique-Equatoriale française étant le Mont Emi Koussi (3415 mètres) dans le Tibesti.

L’étendue du territoire imposait d’importantes variations climatiques d'un point à l'autre, du  climat saharien particulièrement aride au nord au climat tropical humide dans la partie méridionale. La végétation se ressentait de ces disparités : au nord, la quasi-absence de pluie rendait presque impossible le développement d'une végétation, hormis quelques arbustes épineux ; au centre s'étendait le domaine des savanes et des zones de culture du millet,  de l’arachide et du manioc ; au sud enfin se trouvaient les forêts tropicales humides qui fournissaient diverses essences telles que l'ébène et l'okoumé. Dans les régions littorales étaient cultivés vanilliers, cacaoyers et caféiers.

L'Afrique-Equatoriale française était limitée par le Nigeria britannique, l'Afrique-Occidentale française, la Libye italienne, le Soudan anglo-égyptien et le Congo belge. À l'ouest, le territoire était bordé par l'océan Atlantique

L'AEF était divisée en quatre régions (colonies), elles-mêmes subdivisées en districts. On distinguait ainsi :

  • Le Gabon (chef-lieu Libreville)
  • Le Moyen-Congo (chef-lieu Brazzaville); devenu la république du Congo
  • Le Tchad (chef-lieu Fort-Lamy — aujourd'hui N'Djamena)
  • L'Oubangui-Chari (chef-lieu Bangui); devenu la République centrafricaine

Le gouverneur général résidait à Brazzaville.

À partir de 1946, le territoire fut incorporé, avec la métropole, dans une Union française gouvernée depuis Paris, assistée d'un haut-conseil et d'une assemblée de l'union au sein de laquelle chaque territoire était représenté.
À Brazzaville, l'ancien siège du gouvernement général de l'Afrique-Equatoriale française existe toujours, presque intact: il s’agit désormais du palais du Peuple, siège de la présidence de la République du Congo.