La décennie 80 marque
le début de la crise économique et la
mise du continent africain (en proie à
des difficultés sans équivalents) sous
administration du F.M.I. et de la Banque
Mondiale.
Implicite dans les années 70, le
secteur informel a pris de l'ampleur au
point de concurrencer le secteur formel.
Déjà à l'époque coloniale,
les agents économiques arrivaient à
soustraire leur production de l'impôt
dit "
impôt de capitation", dénoncé
par les leaders des mouvements de résistance.
Que de temps perdu aujourd'hui à
élaborer des plans de sauvetage, à
réduire des dettes, alors qu'entre temps
les populations doivent vivre ou plutôt
survivre : d'où la floraison et
l'ampleur des activités du secteur informel.
Quelles sont les causes de cette émergence
? Est-ce un frein ou un facteur de développement
? Définition : Le secteur informel
est l'ensemble des activités :économiques
qui se réalisent en marge de législation
pénale, sociale et fiscale ou qui échappent
a la Comptabilité Nationale.
Autrement dit, c'est l'ensemble des activités
qui échappent à la politique économique
et sociale, et donc à toute régulation
de l'État.
Dans tous les cas, les deux définitions
se recoupent puisqu'elles soulignent l'idée
de fraude. Paradoxalement, ce secteur
censé se soustraire au contrôle de l'État.
fonctionne allègrement au vu et au su
de tous. Complaisance ? Ambiguïté de l'État.
?
Des trois secteurs connus (primaire, secondaire,
tertiaire), dans quelle catégorie classer
l'informel dans la mesure où toutes
les activités des trois secteurs y sont
représentées ? Banques traditionnelles
(tontines), ateliers de réparation, médecine
de proximité s'y côtoient.
Certains économistes éprouvent une gêne
à appliquer la notion de "secteur"
à celui de l'informel. Les raisons
de l'émergence du phénomène
: entre les années 50 et 80, l'Afrique
s'est distinguée par un boom démographique
inversement proportionnel à la
croissance économique. Avec un
revenu
per capita inférieur à
1 000 dollars, ces pays n'ont pas moins
franchi le cap de 24% de croissance démographique
par an.
Au cours de la même période, la population
urbaine s'élevait au rythme de 6% par
an et celle des villes périphériques de
10% alors que l'accroissement des emplois
offerts dans le secteur formel ou secteur
moderne ne représentait que 2%.
Très vite, la demande d'emplois est apparue
supérieure à l'offre. A la trilogie
déterminante classique, doit-on ajouter
un quatrième secteur qui serait le secteur
informel ayant droit de cité au
même titre que ses trois rivaux ?
Le développement du chômage urbain, conséquence
logique de la crise économique, s'est
accompagné de l'émergence et de
l'essor du secteur informel. C'est une
question de survie de ces populations
refusées par le secteur formel.
Le secteur informel joue un rôle d'adoption
des migrants et un rôle d'accueil des
agents économiques exclus du secteur officiel.
C'est une zone tampon entre le secteur
traditionnel rural (le monde paysan ou
le troc est roi) et le secteur moderne.
La fin du troc a chassé la population
rurale vers le secteur informel faute
d'être captée par la fonction publique.
La divisibilité des produits, et leur
demande évolutive en raison de la faiblesse
de leur pouvoir d'achat, est un facteur
qui renforce le couple vendeur/acheteur.
Cette relation au-delà de sa fonction
économique, favorise une convivialité
absente dans le secteur formel ou les
prix ne donnent pas lieu à des
négociations.
La baisse sans cesse croissante du pouvoir
des salariés exerçant dans le secteur
moderne incite les ménages à rechercher
des revenus complémentaires dans le secteur
informel.
L'adoption et la mise en uvre des
politiques d'ajustement structurel avec
ses effets pervers (réduction des salaires,
diminution des effectifs de la Fonction
publique, privatisation des entreprises
d'État...) ont contribué
à la dévalorisation du secteur
public et donc au gonflement du nombre
d'agents opérant dans le secteur informel.
Bref, il y a un dédoublement du secteur
formel en secteur informel ou chaque activité
dite "en règle" a une réplique.
Tout se passe comme si l'économie de ces
pays affiche deux faces. L'informel et
le formel sont donc intimement liés,
ne serait-ce que par la monnaie dont ils
font un usage commun.
En définitive, c'est l'incapacité de l'État.
de répondre aux besoins fondamentaux de
la population dans les domaines de l'emploi,
de la santé, du logement et de l'éducation
qui est à l'origine du foisonnement du
secteur informel. Secteur informel et
développement économique
Face à l'échec des pouvoirs
publics, le secteur informel est venu
en quelque sorte à la rescousse
du modèle légal (formel). Le secteur informel,
en Afrique, a pris une importance telle
que la Banque Mondiale et le F.M.I. ont
pris la résolution de l'encourager et
dorénavant d'insérer ses activités dans
les stratégies de développement du continent.
Au
Burkina-Faso
et au
Mali,
par exemple, la Banque Mondiale et le
F.M.I. se penchent avec attention sur
les projets des paysans regroupés
au sein des coopératives.
Le but : ramener les activités du secteur
informel dans le formel.
Ces agents économiques subissent des stages
d'initiation aux techniques de gestion
à la concurrence et à l'économie
de marché.
On suppose que l'État. facilitera
l'accès aux crédits bancaires afin d'améliorer
leurs conditions de travail.
En conclusion, les activités du secteur
informel jouent un rôle dynamique dans
les économies africaines. C'est même le
point de vue du Bureau International du
Travail (B.I.T.) qui, pour la première
fois, a mis l'accent sur les aspects positifs
de ce secteur qui s'avère rentable, productif
et créatif.
D'où l'idée de repenser le processus
évolutif spécifique du secteur informel
qui est un facteur de développement de
l'Afrique. Le vrai problème qui se pose
est celui de l'articulation des deux secteurs.